Chapitre 1 : Examen de l’histoire des Philippines

I. LES PHILIPPINES ET LE PEUPLE

Les Philippines sont un archipel avec un climat tropical et un terrain montagneux. Il est situé un peu au-dessus de l’équateur et bordé par l’océan Pacifique, la mer de Chine et de la mer de Célèbes. Il se trouve à quelques 600 miles au sud-est de la côte de l’Asie continentale et est enfilé sur l’axe Nord-Sud, bordé par la Chine au nord et par l’Indonésie et le Kalimantan du Nord au Sud.

La position géographique des Philippines rend le peuple philippin littéralement proche du centre de la révolution prolétarienne mondiale et d’une partie de la gigantesque vague de puissants mouvements révolutionnaires en Asie du Sud-Est. Bien que les Philippines semblent entourées par un fossé et se trouvent au bord extérieur de l’Asie directement face à l’impérialisme US, l’ennemi numéro un des peuples du monde, le peuple philippin peut compter sur le support politique invincible de la République Populaire de Chine et tous les peuples révolutionnaires d’Asie à l’arrière.

Les Philippines sont composées de 7.100 îles et îlots avec une superficie totale de 115.000 miles carrés. Les deux plus grandes îles de Luzon et Mindanao sont en même temps les principales régions. Luzon a une superficie totale de 54.000 miles carrés et Mindanao 37.000 miles carrés. La troisième région principale est le groupe des îles et îlots appelé les Visayas dans la partie centrale de l’archipel. Le littoral irrégulier de l’ensemble du pays s’étend à un peu moins de 11.000 miles. Toutes les îles sont saisonnièrement inondées par des systèmes fluviaux coulant des montagnes. Les plaines et les vallées sont bien peuplées.

Les montagnes, dont beaucoup sont d’origine volcanique, les vastes réseaux fluviaux et le climat tropical confèrent aux Philippines des terres agricoles très fertiles convenant à une grande variété de cultures pour l’alimentation et pour l’usage industriel. Le pays dispose de ressources forestières, minérales, marines et d’autres puissantes ressources naturelles. Ses forêts couvrent un peu plus d’un tiers des terres. Ses ressources minérales comprennent le fer, l’or, le cuivre, le nickel, le pétrole, le charbon, le chrome, et beaucoup d’autres. Ses principales rivières peuvent être contrôlées pour irriguer les champs en continu et pour aussi fournir de l’électricité à chaque partie du pays. Il possède de riches eaux intérieures et des zones de pêche marinières. De nombreux beaux ports et détroits littoraux sont disponibles pour la construction de l’industrie maritime.

Si la richesse naturelle des Philippines devait être exploitée et développée par le peuple philippin lui-même pour son propre intérêt, elle serait plus que suffisante pour faire vivre une population qui pourrait être plusieurs fois plus grande qu’actuellement. Cependant, l’impérialisme américain, le féodalisme interne et le capitalisme bureaucratique empêchent le peuple philippin de faire usage de ses ressources naturelles à son propre avantage. Jusqu’à maintenant, l’impérialisme américain et tous ses larbins exploitent ces ressources naturelles pour leurs propres profits égoïstes et en fonction de leurs projets au détriment des masses laborieuses.

Sur la base du recensement de 1970, les Philippins sont maintenant environ 37 millions et leur nombre augmente au taux annuel de 3,5%. Soixante-quinze pour cent d’entre eux vivent à la campagne dans des conditions arriérées et féodales. Si la population n’avait pas été soumise à l’exploitation étrangère et féodale, non seulement pourrait-elle devenir autonome économiquement, mais elle pourrait également exceller dans tous les domaines sociaux. Ce pourrait être une force massive pour le progrès au lieu d’être un «problème» interprété de manière malthusienne par les réactionnaires qui parlent constamment de «surpopulation» pour couvrir les problèmes fondamentaux que sont l’impérialisme américain, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique.

Les Philippins ont été générés par plusieurs souches raciales. Le stock racial principal est malais, il représente plus de 85%. D’autres éléments importants dans la composition raciale du peuple sont indonésiens et chinois. Les éléments arabes, indiens, espagnols, américains, et négritos sont présents, mais seulement à un degré marginal.

Il existe de nombreuses théories sur le peuplement de l’archipel dans les temps préhistoriques. Nous pouvons en citer quelques uns qui sont actuellement les plus reconnus.

Les habitants autochtones des Philippines ont été les Aetas ou Négritos, petits peuples noirs, qui sont venus aux Philippines sur les ponts terrestres d’il y a environ 25.000 à 30.000 ans pendant l’ère Pléistocène. Ils ont été suivis par la première vague d’immigrants indonésiens qui sont venus apportant avec eux une culture précoce de l’âge de pierre de l’Asie du Sud-Est il y a environ 5000 à 6000 ans. La deuxième vague indonésienne est venue environ 1500 av. J.-C. de l’Indochine et du sud de la Chine apportant avec eux une culture néolithique ou de cuivre-bronze.

Ce qui composera plus tard la principale souche raciale du peuple philippin, le Malais, est venu en trois grandes vagues. La première vague de Malais est venu du sud entre 300 et 200 av. J.-C. apportant avec eux des influences culturelles indiennes. La deuxième vague est arrivée entre le premier siècle et le 13ème siècle et ils sont devenus les principaux ancêtres des Tagalogs, Ilocanos, Pampangos, Visayans et Bicolanos. Pusqu’ils avaient déjà un système d’écriture, ils ont été les premiers à laisser des documents historiques. La troisième vague de Malais qui est venue entre la seconde moitié du 14ème siècle et du 15ème siècle avec les commerçants arabes et les enseignants religieux qui ont jeté les bases de l’Islam au Sulu et au Mindanao continental.

Les minorités nationales d’aujourd’hui comprennent au moins 10% de la population. Ils habitaient la plus grande partie de l’archipel jusqu’à il y a quelques décennies, quand des voleurs ont commencé à les déposséder de leurs terres et à les opprimer. Ils ont été mis à part du reste de la population principalement par le chauvinisme chrétien employé par le colonialisme espagnol et l’impérialisme américain, comme dans le cas des musulmans en Mindanao et des tribus des montagnes non-chrétiennes dans tout le pays. Il y a aussi un racisme malais élevé, apporté par les exploiteurs du peuple, étrangers et féodaux. Celui-ci est souvent dirigé contre les Chinois et les Aetas.

À ce jour, il y a plus de 100 langues et dialectes. Les neuf plus largement parlés sont le tagalog, l’ilocano, l’hiligaynon, le sugbuhanon, le bicol, le pampango, le pangasinan, le samarnon et le maguindanao. Le tagalog est la principale base de la langue nationale qui peut maintenant être parlée par la majorité de la population à des degrés de maîtrise divers.

II. LE PEUPLE LORS DE L’ARRIVEE DES COLONS ESPAGNOLS

Avant l’arrivée des colons espagnols, les habitants de l’archipel des Philippines avaient déjà atteint un système social semi-communal et semi-esclave dans de nombreuses régions et aussi un système féodal dans certaines régions, en particulier au Mindanao et au Sulu, où une foi féodale comme l’Islam avait déjà pris ses racines. Les Aetas avaient la forme la plus basse de l’organisation sociale, qui était communale-primitive.

Le barangay était la communauté typique dans tout l’archipel. Ce fut l’unité politique et économique basique, indépendante des autres semblables. Chaque barangay comptait quelques centaines de personnes et un petit territoire. Chaque barangay était dirigé par un chef appelé rajah ou datu.

La structure sociale comprenait une petite noblesse, la classe dirigeante qui avait commencé à accumuler des terres qu’elle possédait de manière privée ou administrative au nom du clan ou de la communauté; une classe intermédiaire de citoyens libres appelés les Maharlikas qui avaient assez de terres pour leur subsistance ou qui rendaient des services spéciaux aux dirigeants et qui n’avaient pas à travailler dans les champs; et les classes qui comprenaient les Timawas, les serfs qui partageaient les terres avec la petite noblesse, et aussi les esclaves et semi-esclaves qui travaillaient sans avoir de profit défini dans les récoltes. Il y avait deux sortes d’esclaves alors: ceux qui avaient leurs propres quartiers, les Aliping Namamahay, et ceux qui vivaient dans les maisons de leurs maîtres, les Aliping Sagigilid. On obtenait le statut de serf ou d’esclave par héritage, par défaut de paiement des dettes ou tributs, pour avoir commis des crimes ou par captivité dans les guerres entre barangays.

Les sultanats islamiques du Sulu et du Mindanao continental représentaient un stade supérieur de développement politique et économique que les barangays. Ceux-ci avaient une forme féodale d’organisation sociale. Chacun d’entre eux englobait plus de personnes et de territoires que les barangays. Le sultan régnait sur plusieurs datus et était conscient de son privilège de régner, comme venant d’un “droit divin” héréditaire.

Bien qu’ils se présentent principalement comme administrateurs de terres communales, en plus d’être propriétaires directs de certaines terres, les sultans, datus et la noblesse exigeaient la rente foncière sous la forme d’un hommage religieux et vivaient hors des masses laborieuses. Ils constituaient une classe de propriétaires terriens assistés par un cortège de maîtres religieux, scribes et grands guerriers.

Les sultanats sont apparus au cours des deux siècles précédents la venue des colonialistes espagnols. Ils ont été construits avec la troisième vague de migrants malais dont les dirigeants tentèrent de convertir à l’Islam, achetèrent, asservirent ou chassèrent les habitants non-musulmans originaires des zones où ils avaient choisi de s’installer. Les serfs et esclaves ont de la même manière été utilisés pour labourer les champs et pour donner plus de clairières de la forêt.

Tout au long de l’archipel, la portée des barangays pouvait être élargie soit par l’expansion de l’agriculture par le travail des esclaves ou des serfs, soit par le biais de conquêtes en guerre et par des mariages inter-barangays de la noblesse. Les confédérations de barangays étaient généralement le résultat d’un accord de paix, d’un accord de troc ou d’une alliance pour combattre des ennemis internes ou externes communs.

Comme le montrent les formes d’organisation sociale déjà atteintes, les habitants précoloniaux de l’archipel des Philippines avaient déjà une base interne pour la poursuite du développement social. Aussi bien dans les barangays que dans les sultanats, il y avait un certain mode de production qui se serait développer davantage jusqu’à ce qu’il s’use et soit remplacé par un nouveau. Il y avait des classes déterminées dont la lutte été vouée à favoriser le développement social. En fait, la lutte des classes au sein des barangays s’étendait déjà aux guerres inter-barangays. Le barangay était apparenté à la cité-État grecque à bien des égards et le sultanat à la communauté féodale d’autres pays.

Le peuple avait développé de vastes champs agricoles. Dans les plaines ou les montagnes, le peuple avait développé des systèmes d’irrigation. Les rizières en terrasses de Ifugao étaient le produit du génie de l’ingénierie du peuple; une merveille de 12.000 miles, si on la mesurait bout à bout. L’élevage, la pêche et le brassage de boissons s’étaient développés. Il y avait aussi l’exploitation minière, la fabrication d’outils en métal, d’armes et d’ornements, l’exploitation forestière, la construction navale et le tissage. L’artisanat se développait rapidement. La poudre à canon était également venue en usage dans la guerre. Au Nord comme à Manille, quand les Espagnols sont venus, il y avait déjà une communauté musulmane qui avait des canons dans son armement.

Les classes dirigeantes ont fait usage d’armes pour maintenir le système social, affirmer leur indépendance par rapport à d’autres barangays ou pour repousser les envahisseurs étrangers. Leur jurisprudence est encore aujourd’hui confirmée par le soi-disant Code de Kalantiyaw et les lois musulmanes. Ce sont des pierres de touche de leur culture. Il y avait une littérature écrite qui comprenait des épopées, des ballades, des devinettes et des proverbes; diverses formes de musique, instruments et danses; des œuvres d’art qui comprenaient des cloches, des tambours, des gongs, des boucliers, des armes, des outils, des ustensiles, des bateaux, des peignes, des pipes, des tubes et des paniers de chaux bien conçus. Les gens sculptaient des images à partir du bois, d’os, d’ivoire, de corne ou de métaux. Dans les zones où le culte d’Anito et le polythéisme a prévalu, des icônes représentant la flore et la faune ont été faites, et dans les zones où la foi musulmane a prévalu, des dessins géométriques et d’arabesques ont été réalisés. “Sucesos de las Islas Filipinas” de Morga témoigne de ce que les conquistadores espagnols sont venus chercher aux Philippines, et sera utilisé plus tard par le Dr. Jose Rizal comme témoignage de la réalisation des indigènes de l’époque précoloniale.

Il y avait un commerce inter-insulaire allant de Luzon à Mindanao et vice-versa. Il y avait de vastes relations commerciales avec les pays voisins comme la Chine, l’Indochine, le Nord de Bornéo, l’Indonésie, la Malaisie, le Japon et la Thaïlande. Les marchands venant d’aussi loin que l’Inde et le Moyen-Orient rivalisaient pour commercer avec les habitants de l’archipel précolonial. Dès le 9ème siècle, Sulu était un important emporium commercial où les navires de commerce du Cambodge, de la Chine et de l’Indonésie convergaient. Les commerçants arabes ont apporté des marchandises du Sulu à la partie continentale de la Chine par le port de Canton. Au 14ème siècle, une grande flotte de 60 navires en provenance de Chine s’est ancrée dans la baie de Manille, en Mindoro et en Sulu. Avant cela, des jonques commerciales chinoises naviguaient par intermittence dans divers points de la côte philippine. Le système de troc était employé dans lesquel l’or et des gongs, faits de différents métaux, été utilisés comme monnaie d’échange.

III. LE COLONIALISME ESPAGNOL ET LE FÉODALISME

L’absence d’une unité politique impliquant la totalité ou la majorité des habitants de l’archipel a permis aux conquistadores espagnols d’imposer leur volonté au peuple, étape par étape, avec seulement quelques centaines de troupes coloniales au départ. Magellan a employé la tactique classique du diviser-pour-régner quand en 1521 il a pris le parti de Humabon contre Lapu-Lapu. Sa tactique consistait à convertir certains barangays à la foi chrétienne, puis à les employer contre les autres barangays qui résistaient à la domination coloniale. Cependant, c’est Legazpi qui en 1565, et par la suite, a réussi à manipuler un grand nombre de chefs de barangays, mené par Sikatuna, dans la répression par l’épée des barangays récalcitrants, et à la mise en place sous la croix des premiers établissements coloniaux en Visayas et par la suite à Luzon.

Le genre de société qui s’est développé en plus de trois siècles de domination espagnole était colonial et féodal. C’était une société essentiellement gouvernée par la classe des propriétaires, qui comprenait les fonctionnaires coloniaux espagnols, les ordres religieux catholiques et les chefs fantoches locaux. Les masses populaires vivaient à l’état de serfs et même les hommes libres étaient dépossédés.

C’est en 1570 que les colonialistes espagnols ont commencé à intégrer les barangays qu’ils avaient subjugués en unités administratives et économiques plus vastes appelées les encomiendas. Les encomiendas, de larges zones de terres, étaient attribuées sous forme de subventions royales aux fonctionnaires coloniaux et aux ordres religieux catholiques en échange de leurs «services méritoires» dans la conquête des peuples autochtones. Le système d’encomiendas de l’administration locale sera éliminé au 17ème siècle, lorsque l’organisation de provinces régulières deviendra possible et après avoir servi à établir la propriété privée à grande échelle des colonialistes.

Sous couvert de recherche du bien-être spirituel du peuple, les encomienderos collectaient des tributs, forçaient aux corvées et enrôlaient des soldats indigènes. Ils ont arbitrairement étendu le champ d’application territorial que leurs avaient accordé leurs subventions royales, ont usurpé la propriété sur des terres déjà développées par le peuple et ont transformé davantage de terres en cultures en forçant aux corvées. C’était pratique pour les colonialistes de convertir en terres agricoles les zones défrichées des forêts à la suite de la coupe de bois nécessaire pour divers projets de construction.

Des bâtiments publics, des maisons privées, des églises, des fortifications, des routes, des ponts et des navires pour le commerce par galions et pour les expéditions militaires ont été construits. Ceux-ci ont entraîné la conscription de masse de main-d’œuvre pour les carrières, la coupe de bois, le transport, l’exploitation forestière, la fabrication de briques et pour les travaux de construction dans des endroits à proximité ou lointains.

Le gouvernement central a été mis en place à Manille pour diriger les affaires de la colonie. À sa tête était le gouverneur général espagnol qui a veillé à ce que le peuple philippin soit contraint de payer des impôts, de travailler gratuitement et produire un surplus agricole suffisant pour nourrir les parasites coloniaux comme les officiaux, les moines ou les soldats. D’une part, le gouverneur général avait des soldats pour faire respecter l’ordre colonial. D’autre part, il avait la collaboration des moines pour maintenir le peuple dans l’esclavage spirituel et économique. Il s’est lui-même enrichi rapidement lors de son court séjour en poste, en étant l’expéditeur en chef des galions commerciaux de Manille-Acapulco et en étant le distributeur de permis d’expédition aux marchands.

Le commerce de Manille-Acapulco de certains produits en provenance de Chine et d’autres pays voisins a donné lieu à des revenus élevés pour le gouvernement central et pour les ordres religieux vénaux depuis la fin du 16ème siècle jusqu’au début du 19ème siècle. Il a finalement décliné et a été remplacé par l’exportation plus rentable de sucre, de chanvre, de coprah, de tabac, d’indigo et d’autres produits sur divers navires étrangers après la première moitié du 18ème siècle et tout au long du 19ème siècle. La culture à grande échelle de ces cultures d’exportation a été imposée aux masses laborieuses pour fournir plus de profits au colonialisme espagnol.

Au niveau provincial était l’alcade-maire en tant que chef colonial. Il exerçait à la fois les pouvoirs exécutif et judiciaire, recueillait les tributs de la ville et avait le privilège de monopoliser le commerce dans la province et se livrait à l’usure. Il manipulait les fonds du gouvernement et tirait des prêts des obras pias, la caisse des moines pour les «charités», et se livrait à un commerce infâme et à l’usure.

Au niveau de la ville était le gobernadorcillo, le fonctionnaire fantoche en chef formellement élu par les principalias. La principalia était composée des gobernadorcillos titulaires et anciens et des chefs des barrios appelés les Cabezas de barangay. Elle reflètait essentiellement l’assimilation de l’ancienne direction barangay dans le système colonial espagnol. L’adhésion à la principalia dépendait des propriétés, de l’alphabétisation, de l’hérédité et, bien sûr, de la soumission aux tyrans étrangers.

Les plus importantes tâches régulières du gobernadorcillo et des Cabezas de barangay qui travaillaient pour lui étaient la collecte des tributs et l’imposition des corvées. Leur propriété était responsable de toute insuffisance dans leurs performances. Cependant, le gobernadorcillo faisait habituellement des Cabezas de barangay, ses boucs émissaires. Pour éviter la faillite et pour se maintenir dans les bonnes grâces de leurs maîtres coloniaux, ces fonctionnaires fantoches devaient également s’assurer que la charge principale de l’oppression coloniale étaient prise en charge par les masses paysannes.

Comme c’est la règle dans le féodalisme, l’union de l’Église et de l’État imprégnait toute la structure coloniale. Tous les sujets coloniaux tombaient sous le contrôle de l’Eglise depuis la naissance jusqu’à la mort. La chaire et le confessionnal étaient respectivement et habilement utilisés pour la propagande coloniale et pour l’espionnage. Les écoles catéchétiques ont été utilisées pour empoisonner l’esprit des enfants contre leur propre pays. L’Université Royale et Pontificale de Santo Tomas a été créée dès 1611, mais le nombre d’inscriptions a été limitée aux Espagnols et créoles jusqu’à la seconde moitié du 19ème siècle. La bureaucratie coloniale n’a pas trouvé de fonction aux autochtones dans les professions supérieures. Parmi les masses, les moines propageaient une culture fanatique qui été obsédée par les neuvaines, les prières, les hagiographies, les scapulaires, le jeu de la Passion, les moro-moro anti-musulmans, les fêtes religieuses pompeuses et les processions. Les moines avaient brûlé et détruit les artefacts de la culture précoloniale comme étant l’œuvre du diable et assimilé seulement les choses de la culture indigène qu’ils pouvaient utiliser pour faciliter l’endoctrinement colonial et médiéval.

Dans la base matérielle, ainsi que dans la superstructure, le contrôle religieux était total et le plus oppressif dans les villes situées dans de vastes propriétés foncières appartenant à des ordres religieux. Dans le centre colonial, ainsi que dans toutes les provinces, les frères ont exercé de vastes pouvoirs politiques. Ils supervisaient des affaires diverses comme la fiscalité, les recensements, les statistiques, les écoles primaires, la santé, les travaux publics et les organismes de bienfaisance. Ils certifiaient l’exactitude des certificats de résidence, la condition des hommes choisis pour le service militaire, le budget municipal, l’élection des fonctionnaires municipaux et des agents de police et l’examen des élèves dans les écoles paroissiales.

Ils intervenaient dans les élections des responsables municipaux. En fait, ils étaient si puissants qu’ils pouvaient initier le transfert, la suspension ou la révocation des fonctionnaires coloniaux, du plus haut au plus bas, y compris du gouverneur général. Conformément à leurs intérêts féodaux, ils pouvaient même assassiner le gouverneur général en toute impunité comme ils le firent à Salcedo en 1668 et Bustamante en 1719. Comme ils pouvaient être aussi brutaux dans leurs propres rangs officiels, ils l’étaient encore plus dans leurs chasses aux sorcières et dans la répression des rebelles indigènes qu’ils condamnaient comme «hérétiques» et «subversifs».

Tout au long du régime colonial espagnol, des révoltes ont éclaté sporadiquement partout dans l’archipel contre les tributs, les corvées, les monopoles commerciaux, les rentes foncières excessives, l’accaparement des terres, l’imposition de la foi catholique, les règles arbitraires et d’autres pratiques cruelles des dirigeants coloniaux, laïcs et cléricaux. Il y a eu au moins 200 révoltes de portée et de durée inégale. Celles-ci ont augmenté avec l’accumulation des forces pour créer une grande tradition révolutionnaire parmi le peuple philippin.

Les révoltes les plus remarquables dans le premier siècle de domination coloniale ont été celles menées par Sulayman en 1564, par Magat Salamat en 1587-88 à Manille et par Magalat en 1596 à Cagayan. Au début du 17ème siècle, les Igorots dans les hauts plateaux du centre du nord de Luzon se sont rebellés contre les tentatives de les coloniser et ont utilisé le terrain favorable de leur patrie pour maintenir leur indépendance. Presque simultanément en 1621-1622, Tamblot à Bohol et Bankaw à Leyte ont levé le drapeau de la révolte. Des révoltes ont également éclaté à Nueva Vizcaya et Cagayan en 1621 et 1625-1627, respectivement.

Les révoltes les plus répandues qui ont eu lieu au 17ème siècle ont été celles inspirées par Sumuroy dans les provinces méridionales et Maniago, Malong et Almazan dans les provinces du nord de l’archipel. La révolte Sumuroy a commencé à Samar en 1649 et s’est propagée vers le nord à Albay et Camarines Sur et au sud de Masbate, Cebu, Camiguin, Zamboanga et dans le nord de Mindanao. Des révoltes parallèles de Maniago, Malong et Almazan ont commencé en 1660 à Pampanga, Pangasinan et Ilocos, respectivement. Malong a étendu sa révolte à Pampanga, Ilocos et Cagayan. Une révolte locale a également éclaté en 1663 sous Tapar dans Oton à Panay.

Tout au long de la domination coloniale espagnole, les musulmans de Mindanao, ainsi que les gens des montagnes dans pratiquement toutes les îles, en particulier les Igorots dans le nord de Luzon, ont perséveré dans leur résistance. En dehors de ces ardents combattants anti-coloniaux, les habitants de Bohol ont combattu les tyrans étrangers sur 85 ans entre 1774 et 1829. Ils ont d’abord été dirigés par Dagohoy puis par ses successeurs. À l’apogée de leur force, ils étaient fort de 20 000 hommes et avaient leur propre gouvernement dans leurs bases de montagne.

Malgré de précédentes défaites, les gens de Pangasinan et des provinces de Ilocos se sont à plusieurs reprises soulevaient contre la domination coloniale. La révolte menée par Palaris en 1762-64 se répandit dans la grande province de Pangasinan et celle dirigée par Diego Silang en 1762-1763 (et plus tard par sa femme, Gabriela, après son assassinat perfide) s’est répandu de l’Ilocos jusqu’à aussi loin que la Vallée de Cagayan au nord et jusqu’à Pangasinan au sud. Ces révoltes ont tenté de tirer profit de la saisie britannique de Manille et de la défaite espagnole dans la guerre de Sept Ans.

Au 18ème siècle, les révoltes anti-coloniales du peuple ont de plus en plus pris le caractère d’opposition consciente à la féodalité. Auparavant, les difficultés et les tourments qu’étaient les corvées étaient les causes fréquentes des révoltes. L’expansion arbitraire des domaines des moines au moyen d’enquêtes frauduleuses et l’élévation arbitraire de la rente foncière ont enflammé le peuple, surtout en Luzon Central et en Luzon du Sud. Matienza a mené une révolte contre les abus agraires des jésuites qui avaient frénétiquement saisies les terres du peuple. Cette révolte s’est propagée de Lian et Nasugbu, à Batangas et aux provinces voisines de Laguna, Cavite et Rizal. Dans les autres provinces de l’extérieur de l’archipel de Luzon Central et de Luzon du Sud, les révoltes explosaient le plus souvent contre les pratiques monopolistiques et spoliatrices du gouvernement colonial vers la fin du 18ème siècle et au cours du 19ème siècle. En 1807, les Ilocanos se révoltèrent contre le monopole du vin. Une fois de plus, ils se levèrent en 1814 dans Sarrat, Ilocos Norte et tuèrent plusieurs propriétaires.

Dans la répression de toutes les révoltes préalables à la Révolution philippine de 1896, les colonialistes espagnols ont conscrit un grand nombre de paysans pour combattre leurs propres frères. La conscription est ainsi devenue une forme importante de l’oppression alors que les développements des révoltes devenaient rapides et généralisées.

IV. LA RÉVOLUTION PHILIPPINE DE 1896

Le 19ème siècle a vu l’intensification et la maturation du système colonial et féodal de l’exploitation. Le gouvernement colonial espagnol a été contraint de tirer plus de bénéfices de sa base féodale aux Philippines pour compenser le déclin du commerce par galions et pour ajuster les pressions croissantes et les demandes des pays capitalistes. La victoire britannique dans la guerre de Sept Ans, les guerres napoléoniennes et l’occupation française de l’Espagne, les manoeuvres expansionnistes des États-Unis et la montée des mouvements d’indépendance nationale en Amérique latine, la lutte nette entre les “républicains libéraux” et les “monarchistes absolus” en Espagne a eu pour effet d’inciter l’Espagne coloniale à exploiter le peuple philippin encore plus.

Sous la tension de l’augmentation de l’exploitation, les aspirations nationales et démocratiques de larges masses populaires se levèrent. Comme l’oppression était renforcée, l’esprit de résistance parmi les gouvernés, en particulier les masses paysannes, s’est accru jusqu’à ce que la révolution philippine de 1896 éclate.

C’en était fini du développement de la féodalité sous la domination coloniale espagnole. Les masses paysannes étaient contraintes non seulement de continuer à produire un excédent de cultures vivrières pour nourrir et pour garder les parasites coloniaux et féodaux dans le confort, mais aussi de produire une quantité sans cesse croissante de cultures de matières premières pour l’exportation vers divers pays capitalistes. La culture à grande échelle de sucre, de chanvre, de tabac, de noix de coco et autres dans certaines régions nécessitait la production d’un plus grand excédent de cultures vivrières de base dans d’autres zones afin de soutenir les grandes masses de gens concentrées dans la production des cultures d’exportation. Le riz était importé chaque fois qu’une pénurie générale avait eu lieu.

Ainsi, l’expansion du commerce extérieur faite par les colonialistes espagnols a entraîné l’accélération du commerce intérieur et l’épuisement de l’économie naturelle autonome vers une économie marchande. L’échange de produits agricoles dans l’archipel, ainsi que la livraison des cultures d’exportation à destination de Manille et d’autres ports de commerce et de la distribution provinciale des marchandises importées qui ont servi les riches, ont nécessité l’amélioration des transports et des communications.

L’intensification de l’exploitation féodale a mené à l’adoption du système, haït par tous, d’hacienda, à la saisie frénétique des terres cultivées, à une augmentation arbitraire de la rente foncière et des taxes par les propriétaires et les bureaucrates. La pratique du monopole, qui signifiait dicter les prix pour les cultures a appauvri les paysans et enrichi les bureaucrates. Les paysans propriétaires terriens se sont, soit retrouvés en faillite, soit leurs terres se sont arbitrairement vues saisies dans les limites légales de grands domaines de propriétaire terriens. De 1803 à 1892, quatre-vingt-huit décrets ont été publiés officiellement pour discipliner la propriété foncière, mais cela a simplement légalisé l’accaparement massif par les féodaux.

L’amélioration des transports et des communications a aggravé l’exploitation féodale du peuple. Exerçant leurs pouvoirs coloniaux, les Espagnols ont ordonné aux plus en plus nombreuses masses de construire des routes, des ponts et des ports et les ont payé par de très bas salaires nominaux. De larges groupes d’hommes étaient emmenés à des endroits éloignés pour travailler. Dans le même temps, l’amélioration des transports et des communications a ouvert la voie à des contacts plus larges entre les peuples exploités et opprimés malgré le souhait subjectif des dirigeants d’utiliser ceux-ci seulement pour leur propre profit. L’introduction de la vapeur et des chemins de fer dans le cadre de commerce extérieur et intérieur a également contribué beaucoup à la formation du prolétariat philippin.

C’est au 19ème siècle que l’embryon du prolétariat philippin est devenu distinct. Il était composé des travailleurs des chemins de fer, des navires, des quais, des moulins à sucre, des usines de tabac, cigares et cigarettes, des ateliers d’imprimerie, des brasseries, des fonderies, des entreprises de marchandisage et autres. Ils ont émergé dans la transition d’une économie féodale à une économie semi-féodale.

La prospérité économique dont jouissait principalement par les dirigeants coloniaux a été partagée dans une certaine mesure par la principalia, en particulier par le gobernadorcillo. Les chefs fantoches locaux avaient soit leurs propres propriétés foncières ou devenaient de grands locataires de propriétés foncières des moines ou des fonctionnaires laïcs espagnols. Ils se sont engagés dans le commerce et ont acheté plus de terres avec leurs profits afin de s’engager davantage dans le commerce. À Manille et dans d’autres principaux ports commerciaux, une classe compradore locale a émergé correspondante aux transports maritimes, aux maisons de commerce et aux établissements bancaires mis en place par les entreprises capitalistes étrangères américaines, britanniques, allemandes et françaises.

Une bourgeoisie philippine naissante est devenue de plus en plus distincte alors que la production agricole et, de fait, le volume des exportations augmentait. Le port de Manille a été officiellement ouvert aux navires étrangers non espagnols en 1834, bien que le commerce extérieur avec les pays capitalistes avait effectivement commencé beaucoup plus tôt. De 1855 à 1873, six autres ports de l’archipel ont été ouverts. En 1869, l’ouverture du canal de Suez a raccourci la distance entre les Philippines et l’Europe, et les contrats économiques et politiques se sont ainsi accélérés entre les deux.

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, l’admission des étudiants indigènes dans l’Université Royale et Pontificale de Santo Tomas et dans d’autres collèges coloniaux-cléricaux est devenue ostensiblement plus grande. Bien que ces indigènes pouvaient se permettre des études collégiales, ils étaient encore l’objet de discrimination raciale par leurs camarades de classe espagnols et de leurs mentors moines. Ils ont dû souffrir de l’épithète de “singe”, et leurs parents de celui de “bêtes chargées d’or”. Les créoles ou mestizos ont été pris au milieu d’une situation chargée de l’antagonisme racial entre les indigènes et les Espagnols. Cet antagonisme racial n’était rien d’autre qu’une manifestation de la relation coloniale. Même parmi les Espagnols, il y avait la distinction stupide faite entre les Espagnols nés aux Philippines et les Espagnols nés en Espagne, les premier étant appelés dérisoirement Philippins par ces derniers.

De plus en plus d’indigènes ont rejoint les rangs des personnes instruites ou des Ilustrados, il y eut un moment où les autorités coloniales s’en sont alarmées et ont eu peur d’être prises à partie sur la base des lois coloniales dont elles ne pratiquaient pas la rhétorique idéaliste. Ce qui est apparu aux yeux des dirigeants coloniaux comme le premier mouvement systématisé des Ilustrados indigènes pour s’attaquer à la suprématie sociale et politique des Espagnols était le mouvement de laïcisation au sein du clergé. L’écrasante majorité de ceux qui ont participé à ce mouvement étaient indigènes et créoles et ils ont exigé la prise en charge des paroisses tenues par les ordres religieux dont les membres étaient majoritairement espagnols.

Lorsque la Mutinerie de Cavite de 1872 a eu lieu, les Pères Burgos, Gomez et Zamora qui étaient les leaders les plus virulents du mouvement de laïcisation, ont été accusés de complot en vue de renverser le régime colonial espagnol, et ont été garrottés. La mutinerie était essentiellement un acte de rébellion des masses opprimées initiée par les travailleurs du parc naval de Cavite qui ont été soumis à des bas salaires et à diverses formes de cruauté. Beaucoup de travailleurs rebelles et leurs partisans ont été torturés et assassinés. Les trois clercs qui ont été condamnés par le gouverneur général espagnol et les moines, ont plaidé leur innocence jusqu’à leur fin. Cette façon de plaider l’innocence politique a caractérisé les Ilustrados à partir de là.
Néanmoins, même si le joug de l’oppression coloniale était principalement porté par les masses laborieuses, la principalia a également souffert de l’oppression politique et économique des mains des tyrans coloniaux. La principalia exploitait également les masses laborieuses, mais à son tour, elle était soumise à certaines exigences oppressives faites par le gouverneur général, le gouverneur provincial et les moines qui, de plus en plus, réduisaient ses bénéfices tirés de l’exploitation. Ces tyrans coloniaux ont arbitrairement augmenté le quota dans la collecte des tributs, des taxes pour le privilège de se livrer au commerce, de la rente foncière sur l’exploitation de locations, le quota de la production agricole et l’intérêt sur les prêts. L’incapacité de plus en plus grande à maintenir les taxes aboutissait à la faillite, en particulier parmi les Cabezas de Barangay. L’emploi des gardes civils pour la confiscation des biens et pour l’application des lois coloniales sont devenus monnaie courante. Vers la fin du 19ème siècle, la principalia fut plus outragée encore quand elle fut éjectée de force de ses baux des terres parce que les moines préférèrent en confier la gestion à diverses sociétés étrangères.

Le changement extrêmement fréquent des gouverneurs généraux des Philippines au cours du 19ème siècle reflétait la lutte acharnée entre les «républicains libéraux» et les «monarchistes absolus» en Espagne. Cela a eu pour effet général d’aggraver les souffrances du peuple philippin. Chaque gouverneur général devait faire de son mieux lors de son terme, long en moyenne d’un peu moins d’un an, pour agrandir aussi bien le trésor officiel que son trésor personnel.

Les Ilustrados sont devenus de plus en plus mécontents du régime colonial et certains d’entre eux ont fui vers l’Espagne où ils espéraient pouvoir obtenir un enseignement supérieur et obtenir plus de sympathie des milieux libéraux espagnols pour leur cause qui se limitait à tenter de changer le statut colonial des Philippines en statut de province régulière de l’Espagne. Ils étaient désireux d’une représentation au Parlement espagnol et de la jouissance des droits civils en vertu de la Constitution espagnole. Dans le cadre de leur mouvement de réforme, ils ont créé le journal La Solidaridad. Ils ont mener des activités pour ce qu’on pourrait appeler le Mouvement de Propagande dont les principaux propagandistes étaient le Dr. Jose Rizal, M.H. del Pilar, Graciano Lopez Jaena et Antonio Luna.

Le Mouvement de Propagande a échoué et a été condamné comme «subversif» et «hérétique» par les autorités coloniales. En essayant de mener à bien le travail de propagande aux Philippines lui-même, Rizal a organisé la Liga Filipina (qui n’existera que peu de temps) qui appelait le peuple philippin à devenir une communauté nationale mais qui pourtant ne réussira pas à affirmer catégoriquement la nécessité d’une lutte armée révolutionnaire pour effectuer la séparation de l’Espagne. Mettant sa confiance en l’ennemi, il a ensuite été arrêté et exilé à Dapitan en 1892. Quand la Révolution philippine de 1896 éclata, il fut jugé coupable d’elle par les tyrans coloniaux alors qu’il l’avait pourtant trahie en appelant le peuple à déposer les armes quelques jours avant son exécution.

Le plus net appel révolutionnaire pour la séparation de l’Espagne a été fait par le Kataastaasang Kagalang-galang na Katipunan ng mga Anak ng Bayan qui fut secrètement fondé, dans le quartier prolétarien de Tondo, par son chef Andres Bonifacio immédiatement après l’arrestation de Rizal en 1892. Dans sa première année, il était composé de seulement 200 membres provenant principalement des masses laborieuses. Au cours des années qui suivirent, il recruta consciemment des membres qui pourraient commencer la lutte révolutionnaire dans diverses régions du pays, de manière à être en mesure de mener une guerre de libération nationale. En même temps, il recruta ses membres principalement dans les rangs des masses opprimées pour assurer le caractère démocratique de la révolution. Après son Cri de Pugad Lawin, le 23 août 1896, appelant au début de la lutte armée contre les colonialistes, ses rangs se gonflèrent à plusieurs dizaines de milliers de membres et tout le peuple phillipin se rallia à la révolte.

La révolution philippine de 1896 était une révolution nationale-démocratique de type ancien. Bien que Bonifacio venait de la classe ouvrière, il était en possession de l’idéologie prolétarienne. L’idéologie directrice de la révolution était celle de la bourgeoisie libérale. Son modèle classique était la Révolution française et Bonifacio, lui-même, s’en est principalement inspiré dans ses idées. En tout cas, la révolution a affirmé la souveraineté du peuple philippin, la protection et la promotion des libertés civiles, la confiscation des biens des moines et l’élimination de la règle théocratique.

À la Convention de Tejeros de 1897, les Ilustrados qui étaient, la plupart du temps de Cavite, ont décidé de former un gouvernement révolutionnaire pour remplacer le Katipunan et ont élu pour président Emilio Aguinaldo, remplaçant ainsi Bonifacio comme leader de la révolution. Lorsqu’un Ilustrado s’est fermement opposé à l’élection de Bonifacio en tant que ministre de l’Intérieur du fait de son origine modeste et qu’il n’avait pas eu d’éducation d’avocat, ce dernier déclara la convention nulle et non avenue, conformément à un accord antérieur exigeant le respect de toute décision prise par la convention. La convention montre la direction de classe de la bourgeoisie libérale et de même l’effet de division du régionalisme. La tentative de Bonifacio pour former un autre conseil révolutionnaire conduisit à son arrestation et à son exécution par la direction d’Aguinaldo.

Depuis 1897, le gouvernement révolutionnaire subissait défaite après défaite. Les Ilustrados montrèrent ainsi leur incapacité à mener la révolution. La direction bourgeoise libérale succomba finalement à des offres d’amnistie générale par le gouvernement colonial à travers la médiation du scélérat Pedro Paterno. Le Pacte de Biak-na-Bato fut signé pour consommer la reddition de Aguinaldo et le paiement de P400,000 comme premier versement à son conseil des dirigeants.

Alors qu’Aguinaldo était en exil à Hongkong, des agents américains l’ont approché et lui ont proposé de profiter de l’opportunité de la guerre hispano-américaine. Ils prétendaient aider le peuple philippin à se libérer de la domination coloniale espagnole. Les impérialistes américains ont comploté en faisant usage de Aguinaldo pour faciliter leur propre saisie des Philippines. Ainsi, Aguinaldo fut ramené à Cavite à bord d’un bateau américain après que l’escadron naval de Dewey ait navigué vers la baie de Manille pour détruire la flotte espagnole.

Profitant de la guerre hispano-américaine, le peuple philippin a intensifié sa lutte armée révolutionnaire contre la domination coloniale espagnole. La puissance espagnole s’est effondrée dans tout l’archipel sauf à Intramuros et dans quelques garnisons négligeables. Même les soldats philippins en service militaire espagnol se sont joint à la révolution philippine. En mai 1898, les forces révolutionnaires philippines ont encerclé les terrains du siège colonial du pouvoir, Intramuros, alors que la flotte navale américaine montait la garde dans la baie de Manille. Les révolutionnaires philippins ont joué la tactique de siège visant à affamer l’ennemi à se rendre tandis que la marine impérialiste attendait des renforts de troupes des États-Unis.

Le 12 Juin 1898, Aguinaldo a fait la proclamation de l’indépendance Kawit qui portait la qualification malheureuse “sous la protection de la Puissante et Humaine nation Nord-Américaine”. Involontairement, il a déclaré la soi-disant Première République des Philippines comme étant un simple protectorat de l’impérialisme américain.

Des renforts de troupes américaines ont commencé à arriver fin juin. Ils ont été débarqués pour prendre le relais sous des prétextes variés de plusieurs postes occupés par les forces révolutionnaires philippines dans l’encerclement d’Intramuros. La mauviette Aguinaldo a abandonné aux impérialistes américains position après position, jusqu’à ce que toutes les forces révolutionnaires soient reléguées à l’arrière-plan.

V. LA GUERRE PHILIPPINO-AMERICAINE

Lorsque Intramuros fut complètement encerclé par les troupes marines et terrestres américaines, les négociations diplomatiques furent secrètement menées par l’amiral Dewey et le gouverneur général espagnol à travers le consul belge. Ces négociations ont abouti à un accord qui prévoyait de faire un simulacre de bataille pour justifier le chiffre d’affaires de Manille aux impérialistes américains par les colonialistes espagnols et cet accord était parallèle aux négociations faites à l’étranger en vue de solutionner globalement la guerre hispano-américaine grâce à la médiation du gouvernement français.

Le 13 Août 1898, le simulacre de bataille de Manille a été organisé par les impérialistes américains et les colonialistes espagnols. Après que quelques coups symboliques aient été tirés, ces derniers se rendirent. Les impérialistes américains ont fait en sorte d’empêcher les troupes philippines d’entrer dans Intramuros. Ce fut ainsi que les forces révolutionnaires philippines ont été définitivement privées de la victoire qui leur revenait de droit. À partir de ce moment-là, la haine de l’impérialisme américain est devenue plus répandue parmi les masses philippines et leurs troupes patriotiques.

Le gouvernement révolutionnaire philippin déplaça son siège de Cavite à Malolos en Bulacan en septembre, en prévision d’une nouvelle agression impérialiste américaine. À ce moment, le Congrès de Malolos s’est tenu pour écrire une constitution qui avait pour modèles les constitutions démocratiques bourgeoises. Au cours de la même période, les impérialistes américains ont insisté en termes diplomatiques pour que les troupes philippines se retirent d’où elles s’étaient avancées. Les agresseurs américains ont manoeuvré pour occuper plus de territoire autour de Manille.

Les tentatives diplomatiques du gouvernement d’Aguinaldo à l’étranger pour faire valoir les droits souverains du peuple philippin se sont avérés vains. Le 10 décembre 1898, le Traité de Paris a été signé par les États-Unis et l’Espagne, cédant l’ensemble des Philippines aux américains au prix de 20 millions de dollars et garantissant les biens et les affaires des droits des citoyens espagnols dans l’archipel. Le 21 décembre, le président américain McKinley publia la «Proclamation d’Assimilation Bénévole» qui déclarait, en des termes édulcorés, une guerre d’agression contre le peuple philippin.

Le 4 février 1899, les troupes américaines lancèrent une attaque surprise contre les forces révolutionnaires philippines dans les environs de Manille. Dans les batailles qui suivirent dans la ville, au moins 3.000 philippins furent massacrés alors que seuls 250 soldats américains tombèrent. Ainsi, les hostilités armées entre l’impérialisme américain et le peuple philippin commencèrent. Le peuple philippin résista héroïquement, menant une guerre révolutionnaire de libération nationale.

Avant que la guerre philippino-américaine ne soit remportée de manière décisive par l’impérialisme américain en 1902, 126.468 soldats américains avaient été lancés contre les 7.000.000 combattants philippins. Ces agresseurs étrangers subirent au moins 4.000 morts et près de 3.000 blessés. Environ 200.000 combattants et civils philippins furent tués. En bref, pour chaque soldat américain tué, 50 philippins furent tués à leur tour. Plus d’un quart de million de philippins sont morts en conséquence directe et indirecte de ces hostilités. Un général américain aurait même estimé le nombre de morts philippins à 600.000, soit un sixième de la population en Luzon en ce temps-là.

Les agresseurs impérialistes américains ont pratiqué le génocide dans des proportions monstrueuses. Ils ont commis diverses formes d’atrocités telles que les massacres de soldats capturés et de civils innocents; le rapt des femmes, le pillage des maisons et des biens; l’emploi impitoyable de la torture, comme la mutilation, la cure d’eau et la torture de la corde. Des camps de zonage et de concentration ont été mis en place afin de mettre les civils et les combattants à leur merci.

Comme l’impérialisme américain avait forcé le gouvernement d’Aguinaldo à la retraite, il joua sur les faiblesses dans les rangs de la direction des Ilustrados de la révolution. Le chef impérialiste McKinley envoya la Commission Schurman en 1899, puis la Commission Taft en 1900 et publia les instructions pour la «pacification» du pays et la protection des traîtres capitulationnistes.

La direction libérale-bourgeoise de la vieille révolution démocratique se révéla une fois de plus insuffisante, flasque et compromettante. Aguinaldo ne réussit pas à mener la révolution de manière efficace. Il se tourna contre les anti-impérialistes comme Mabini et Luna et s’appuya de plus en plus sur des capitulards tel que Paterno et Buencamino. Ces deux traîtres qui, les années précédentes, étaient connus pour être les marionnettes du colonialisme espagnol, s’étaient introduits dans le gouvernement révolutionnaire et avaient usurpé son autorité. Ils dirigeaient un paquet de traîtres qui avait été profondément attiré par le chant des sirènes de la «paix», de l’«autonomie» et de l’«assimilation bienveillante» que les impérialistes américains chantaient en même temps qu’ils massacraient le peuple.

Dans chaque ville occupée par les troupes impérialistes américaines, les élections municipales fantoches furent organisées et dominées par l’ancienne principalia. Ces élections fantoches exclurent les masses qui ne pouvaient pas se conformer aux exigences de propriété et d’alphabétisation. Ces élections fictives furent principalement utilisées pour détacher la principalia de la révolution et pour inciter ses membres à devenir des chiens de garde de la même manière que les colonialistes espagnols l’avaient fait.

Dès que les traîtres dirigés par Paterno et Buencamino se mirent entre les mains des impérialistes américains, ils furent utilisés pour servir la propagande impérialiste, principalement pour appeler les gens à déposer leurs armes. Sous l’instigation des agresseurs, et en particulier de l’intelligence de l’armée américaine, Trinidad Pardo de Tavera organisa le Partido Federal en 1900 pour défendre l’annexion des Philippines par les Etats-Unis. En même temps, les impérialistes promulguèrent des lois pour punir ceux qui préconiseraient l’indépendance.

Le peuple et leurs dirigeants révolutionnaires qui refusèrent de prêter allégeance au drapeau des États-Unis furent persécutés, emprisonnés ou bannis à Guam. Les organisations de masse, en particulier celles des ouvriers et des paysans, furent supprimées à chaque fois qu’elles firent surface.

En 1901, Aguinaldo lui-même fut capturé par les impérialistes à l’aide de mercenaires philippins. À partir de là, les pères contre-révolutionnaires perfides des Forces Armées des Philippines furent systématiquement organisés et utilisés pour aider à achever la conquête impérialiste du peuple philippin. Les premières forces de gendarmerie fantoche furent largement utilisées dans des opérations de “nettoyage” contre les combattants révolutionnaires persistants à Luzon et Visayas, ainsi que dans la subjugation de Mindanao.

Même lorsque les principaux détachements du gouvernement d’Aguinaldo furent battus, la résistance armée contre l’impérialisme américain persista encore dans presque toutes les villes de l’archipel. Les habitants de Bicol continuèrent à mener la lutte armée jusqu’en 1903 lorsque leur chef Simeon Ola les trahit en les abandonnant. Dans les Visayas, en particulier à Cebu, Samar, Leyte et Panay, les Pulahanes ont combattu dans des batailles féroces contre les troupes d’agression des États-Unis, la gendarmerie fantoche. De même pour les masses de Cavite, Batangas, Laguna et Quezon et cela, même après qu’une amnistie générale ait été délivrée. En Luzon Central, une organisation religieuse, le Santa Iglesia, mena également une résistance armée. Dans les Ilocos, des associations qui se proclamaient comme le Nouveau Katipunan menèrent une guerre de guérilla pour l’indépendance nationale contre l’impérialisme américain. Jusqu’en 1907, les élections fantoches ne purent se tenir à Isabela en raison de la résistance populaire. Le plus important des derniers efforts pour poursuivre la lutte révolutionnaire en Luzon fut dirigé par Macario Sakay, entre 1902 et 1906, à Bulacan, Pampanga, Laguna, Nueva Ecija et Rizal. Ce fut seulement en 1911 que la guerre de guérilla cessa complètement en Luzon. Cependant, la plus féroce résistance armée fut menée par les habitants de Mindanao de 1902 à fin 1916.

Depuis quelques temps, les impérialistes américains avaient réussi à tromper le sultan de Sulu prétendant que sa souveraineté féodale serait respectée en vertu du traité de Bates, de 1899, qu’il avait signé. Lorsque les agresseurs étrangers commencèrent à mettre ce qu’ils appelèrent la «province Moro» sous leur contrôle administratif, ils durent se confronter au soulèvement de Hassan entre 1903 et 1904; à la rébellion de Usap de 1905; à la révolte de Pala de 1905; au soulèvement de Bud Dajo de 1906; à la bataille de Bud Bagsak de 1913 et à beaucoup d’autres. Cette résistance héroïque du peuple fut réprimée avec une extrême atrocité.

La Loi de Sédition de 1901, la Loi de Brigandage de 1902 et la Loi sur la Reconcentration de 1903, furent adoptées par l’impérialisme américain pour qualifier les opérations militaires contre le peuple comme de simples opérations policières contre des “criminels de droit commun”. Les patriotes furent alors appelés “bandits”. Le peuple sur de vastes zones, fut parqué dans des camps militaires afin de le séparer de la guérilla patriotique.

Les dépenses de guerre de l’impérialisme américain dans la conquête des Philippines furent payées par le peuple philippin lui-même. Il fut obligé de payer des impôts au régime colonial américain pour couvrir une partie importante des dépenses, ainsi qu’un intérêt sur les obligations émises au nom du gouvernement des Philippines dans les banques de Wall Street. Bien sûr, les surprofits provenant de l’exploitation prolongée du peuple philippin constituèrent les gains de base de l’impérialisme américain.

VI. LA RÈGLE COLONIALE DE L’IMPERIALISME AMERICAIN

La conquête bestiale du peuple philippin par l’impérialisme américain définissait le statut des Philippines comme une colonie. L’impérialisme américain est venu contrecarrer les aspirations nationales et démocratiques du peuple philippin et imposer la volonté de la classe capitalistes-monopolistes américaine par la force des armes et par un double langage. Aux États-Unis, les politiciens impérialistes et leurs maîtres capitalistes se vantaient de leur sale travail comme d’une noble mission pour “civiliser” et “christianiser” le peuple philippin.

L’impérialisme américain était intéressé par les Philippines comme source de matières premières, comme marché pour son produit excédentaire et comme champ d’investissement pour son capital excédentaire. De plus, les Philippines leur étaient utiles comme position stratégique pour la réalisation de leur volonté expansionniste pour convertir l’océan Pacifique en un «lac américain» et augmenter leur part du butin dans la spoliation de la Chine et de l’Asie en général.

Par le traité de Paris de 1898, l’impérialisme américain reprit le rôle du colonialisme espagnol en tant que puissance coloniale du peuple philippin. Le vainqueur de la guerre hispano-américaine a agi en tant que puissance capitaliste montante, capable de rembourser l’ancien gouvernement colonial et s’accommodant des droits aux biens et aux affaires établis avant le traité. Ainsi, le féodalisme fut assimilé et conservé à des fins impérialistes par les États-Unis.

Après que les forces révolutionnaires philippines eurent été battues, l’impérialisme américain tira du pays une quantité croissante de ses cultures commerciales comme le sucre, la noix de coco et le chanvre, outre d’autres matières premières tel que le bois et les minéraux. Des centrales de sucre, des raffineries de pétrole, de noix de coco, des usines de cordes et autres ont été construites. Le système d’agriculture en hacienda a été encouragé et a atteint son plein développement sous le régime colonial américain. L’achat d’une petite partie des terres des frères des corporations religieuses par le gouvernement des États-Unis en 1903 était un acte symbolique qui n’a pas résolu le problème de la terre. Les personnes autres que celles qui avaient peu ou pas de terre, en particulier les grands chiens de gardes du gouvernement colonial, étaient celles qui étaient en mesure de tirer parti de la politique foncière. Les propriétaires terriens, grâce à l’autorité qu’avaient les profiteurs américains, s’attribuèrent des titres de propriétés sur des terres publiques ayant une valeur commerciale, agricole ou spéculative.

En raison de la croissance plus rapide de l’économie des produits de base sous le régime colonial des États-Unis, la paysannerie est devenue plus pauvre et les propriétaires-cultivateurs qui ont fait faillite ont vendu leurs terres à d’anciens et à de nouveaux propriétaires terriens et usuriers, commerçants et paysans riches. Les maux du régime colonial espagnol ont été reportés sur le régime colonial américain. Une nouvelle caractéristique de l’économie fut l’augmentation du nombre de prolétaires. Très rapidement, une énorme armée de réserve de main-d’œuvre et un excédent relatif de la population, émanant principalement de la paysannerie, se leva.

En échange des matières premières des Philippines, des produits finis furent importés des États-Unis, libres de franchise de droits de douane en vertu de la Loi de Payne-Aldrich de 1909. En 1913, les limites des quotas sur les matières premières des Philippines exportés vers les États-Unis furent complètement levées. Le libre-échange entre ces deux types de produits perpétua l’économie coloniale et agraire. L’avalanche croissante de produits finis dans le pays écrasa l’artisanat et les fabricants locaux et, de fait, contraint les gens à acheter ces produits finis pour principalement produire des matières premières.

Le surplus américain investi dans les Philippines fut fait à la fois sous forme d’investissements directs et de capitaux d’emprunt. Les investissements directs allèrent principalement dans la production de matières premières, dans le commerce des produits américains et dans les matières premières locales fini. Le traitement mineur des matières premières a également été introduit. Les minerais furent extraits pour la première fois sur une base commerciale. D’autre part, le capital de prêt a servi à soutenir le commerce extérieur,à couvrir les déficits commerciaux, à convertir les pesos en dollars pour les transferts de bénéfices, à payer les salaires des fonctionnaires américains et le personnel des entreprises et à couvrir les besoins du gouvernement colonial en divers équipements et autres. Chaque année, la production de matières premières et par conséquent, l’exploitation du peuple par le régime colonial s’intensifia afin d’augmenter son taux de profit.

L’impérialisme américain améliorera le système de transport et de communication comme moyen de renforcer son contrôle politique, économique, culturel et militaire des Philippines. Les entreprises américaines tirèrent d’énormes profits des marchés publics de travaux de construction de plusieurs routes, ponts, ports et autres installations de transport. Ces travaux publics permirent à leur tour d’introduire directement sur le marché des véhicules automobiles des États-Unis, des machines et des produits pétroliers. L’échange colonial des matières premières contre des produits finis s’accéléra. Les mouvements de troupes pour la répression du peuple devinrent également plus rapides.

La mise en place d’un vaste système scolaire public et l’adoption de l’anglais comme moyen d’instruction servit, non seulement, à améliorer l’endoctrinement politique des philippins à la soumission vis à vis de l’impérialisme américain mais a aussi encouragé le peuple à apprécier davantage les produits américains en général. Cela a également ouvert le marché directement au matériel éducatif des États-Unis. Les médias de masse se sont développés non seulement pour répandre la propagande impérialiste mais aussi pour faire la publicité de toutes sortes de marchandises des États-Unis et, en particulier, pour vendre divers types de matériel d’impression et de communication. Même la campagne pour l’assainissement et l’hygiène publique fut un moyen pour accélérer les ventes monopolistiques de médicaments des États-Unis, de produits chimiques et de matériel médical. En premier lieu, les déprédations des troupes d’agressions américaines dans la guerre philippino-américaine aboutirent à divers types de maladies et d’épidémies, en particulier le choléra, qui menaça la santé des conquérants impérialistes eux-mêmes.

Sur la base des conditions économiques élevées de l’impérialisme américain, une certaine structure sociale se construisit aux Philippines. Les impérialistes américains adoptèrent, comme principales marionnettes, les classes exploiteuses qui avaient le plus collaborer avec les dirigeants coloniaux espagnols du 19ème siècle et les laissèrent rester au sommet de la société philippine. Ce sont la grande bourgeoisie compradore et la classe des propriétaires terriens. Dans les rangs de ces classes exploiteuses, les impérialistes américains choisirent leurs meilleurs agents politiques et les formèrent pour devenir des capitalistes bureaucrates partageant le butin du gouvernement colonial. À la base de la société étaient les travailleurs des masses laborieuses et les paysans qui représentaient plus de 90% de la population. Au cours de la domination coloniale américaine, le prolétariat augmenta en nombre dans la mesure où la société semi-féodale fut renforcée par l’augmentation quantitative de la production brute des matières premières, du commerce, des transports, des communications et de la fabrication mineure. Mais la paysannerie resta la classe majoritaire dans la société toute entière.

Dans la couche moyenne de la société philippine, on retrouvait la bourgeoisie nationale et la petite bourgeoisie. La bourgeoisie nationale était une strate extrêmement minuscule et en difficulté en raison de l’énorme écoulement des produits américains finis et de la concentration du pouvoir financier entre les mains de la grande bourgeoisie compradore et des entreprises impérialistes. La petite bourgeoisie qui avait maintenu son statut grâce à ses propriétés foncières qui la rendaient autonome prit de plus en plus d’intérêt dans l’éducation formelle. Parmi les nombreux petits propriétaires et les paysans riches qui firent faillite, certains conservèrent leur statut de petit-bourgeois en prenant une formation collégiale et en entrant au service salarié de la bureaucratie coloniale ou dans les entreprises privées alors que d’autres tombèrent au statut du prolétariat ou de semi-prolétariat.

L’impérialisme américain construisit un système éducatif comme instrument majeur du contrôle colonial. Son contenu principal était dirigé contre la révolution philippine et fut destiné à cultiver la servilité politique envers l’impérialisme américain. Dès qu’une zone était conquise au cours de la guerre philippino-américaine, les troupes d’agression impérialistes se présentaient comme enseignants dans le but de répandre la propagande impérialiste qu’ils étaient venus pour apporter la «démocratie» et pour préparer les Philippins pour une “autonomie gouvernementale”. Les premiers professeurs américains militaires furent bientôt renforcés par les Thomasites, des centaines d’enseignants civils des États-Unis. Ils systématisèrent les écoles publiques coloniales et mirent en place des écoles de formation des enseignants et des écoles agricoles. En outre, les missionnaires catholiques et protestants américains arrivèrent pour aider à l’endoctrinement coloniale du peuple, en particulier dans l’arrière-pays.

Pour faire que leur propagande envahisse tous les domaines de la culture, les agresseurs n’hésitèrent jamais à employer la force pour réprimer toute tentative d’exprimer les aspirations nationales-démocratiques du peuple. Jusqu’en 1907, la Loi de Drapeau fut adoptée pour réprimer toute tentative patriotique des philippins de défendre l’indépendance ou d’afficher le drapeau philippin. Des journaux comme El Renacimiento et El Nuevo Dia, en raison de leurs points de vue compromettant et libéro-démocratiques, furent harcelés par les autorités coloniales américaines. La littérature patriotique et les présentations dramatiques furent interdites et leurs auteurs sévèrement punis.

Compte tenu de la subordination de la féodalité à l’impérialisme américain qui était la base matérielle de la société, la nouvelle culture et l’éducation coloniale se caractérisèrent par la superposition de l’idéologie compradore sur l’idéologie féodale au sein de la superstructure. L’Eglise catholique déplaça sa loyauté du colonialisme espagnol à l’impérialisme américain. Les homélies des prêtres se plièrent à l’inclinaison de la presse américaine. Le régime colonial américain créa l’Université des Philippines en 1908 pour attirer principalement la petite bourgeoisie, ainsi que l’Université de Santo Tomas, en collaboration avec les écoles couventuelles, et continua de préférer enseigner à une clientèle exclusive d’étudiants des classes exploiteuses qui pouvaient se permettre de payer les frais d’études exorbitants. L’impérialisme américain se concentra sur le recrutement d’un grand nombre d’agents intellectuels issus des rangs de la petite bourgeoisie afin d’élever le niveau de compétence scientifique et technique pour la servitude à une bureaucratie en expansion et aux sociétés impérialistes proliférantes. Pour continuer à établir son hégémonie idéologique aux Philippines, le gouvernement colonial américain recruta entre 1903 et 1914 un grand nombre d’étudiants pour être former aux États-Unis. Ces pensionados fonctionnèrent ensuite comme les marionnettes les plus fiables de l’impérialisme américain à l’intérieur et en dehors de la bureaucratie coloniale. Ils considérèrent leur dette envers l’impérialisme américain comme étant celle de tout le peuple philippin et furent aveugles au fait que, grâce à eux, l’impérialisme américain pouvait opprimer et exploiter les larges masses du peuple philippin, en particulier les ouvriers et les paysans.

En établissant le gouvernement colonial aux Philippines, l’impérialisme américain s’appuya d’abord sur les traîtres les plus notoires de la Révolution Philippine. Ils bénéficièrent du butin du capitalisme bureaucratique, qui élargit ses intérêts compradores de propriétaires terriens. Leur parti politique, le Partido Federal, servit à approuver la nouvelle règle coloniale. Leurs principaux représentants furent logés à la Commission Philippine, le principal organe législatif et exécutif du régime. Cela fut dirigé par le gouverneur-général américain ainsi que d’autres responsables américains.

Lorsque, en 1907, les premières élections nationales pour l’Assemblée fantoche des Philippines furent organisées, conformément à la loi philippine de 1902, les fonctionnaires coloniaux américains permirent au Partido Nacionalista de rivaliser avec le Partido Federal aux élections. Réalisant que les fonctionnaires coloniaux américains méprisaient en fait l’idée de faire des Philippines un état américain et que le peuple philippin était vigoureusement désireux de l’indépendance nationale et de la démocratie, ces traîtres éhontés rebaptisèrent le Partido Federal en Partido Progresista et préconisèrent “l’indépendance éventuelle” après que le peuple ait demontré sa capacité à une “l’autonomie gouvernementale”. En adoptant le slogan d’«indépendance immédiate, absolue et complète», le Partido Nacionalista remporta une victoire écrasante aux élections fantoches, sur le Partido Progresista. Les anciennes marionnettes furent remplacées par de nouvelles marionnettes dirigées par Sergio Osmena et Manuel Quezon. Bien que leur slogan gagnant semblait attrayant, les nouveaux traîtres n’étaient pas différents des anciens car ils acceptaient eux aussi l’idée perfide que la véritable indépendance pouvait être pacifiquement et gracieusement accordé par l’impérialisme américain.

Osmena régna comme chef fantoche entre 1907 et 1922, d’abord en tant que président de l’Assemblée des Philippines, puis comme président de la Chambre des représentants. Il prennait ses ordres du gouverneur-général américain. L’Assemblée des Philippines fut soumise à la Commission Philippine et était principalement un instrument destiné à faciliter la perception des impôts du peuple et à l’appropriation des recettes publiques pour l’administration coloniale. Ce fut une principalia glorifiée avec des prétentions plus grandes comparée aux précédentes. Elle était composée des représentants politiques de la classe des propriétaires terriens et de la grande bourgeoisie compradore.

Un exemple flagrant de la soumission d’Osmena fut sa campagne pour la suspension de toute sorte d’agitation pour l’indépendance des Philippines en 1917, lorsque l’impérialisme américain se joignit à la première guerre inter-impérialiste mondiale. Il a également offert 25.000 mercenaires philippins, un sous-marin et un destroyer pour servir avec les forces armées américaines en Europe et a manoeuvré pour la souscription d’une valeur de 20 millions $ de Bonds de la Liberté ainsi qu’une contribution de 500 000 $ à la Croix-Rouge Américaine par le pauvre peuple philippin.

Durant la seconde partie de la deuxième décennie, le nombre de philippins chefs de bureau augmenta de façon marquée. Les impérialistes américains ont moqués la “philippinisation” du gouvernement colonial. Ils avaient déjà formé un grand nombre de marionnettes à assumer les responsabilités administratives au nom du capitalisme monopoliste américain ainsi que de l’intérêt des classes exploiteuses locales. En 1916, les impérialistes américains ont publié la Loi sur l’Autonomie des Philippines qui a dissolu la Commission Philippine et a créé à sa place le Sénat des Philippines. L’Assemblée des Philippines est devenue la Chambre des Représentants. La loi encourageait, en outre, à mettre les bureaucrates américains à la retraite afin qu’ils puissent être remplacés par des philippins.

En étant élu à la présidence du Sénat des Philippines, Quezon gagna une position à partir de laquelle il fut catapulté au sommet de la bureaucratie fantoche. Il revendiqua la responsabilité de l’adoption de la loi sur l’Autonomie et, par conséquent, pour la “philippinisation” du gouvernement colonial. Pour renforcer son capital politique, il s’est affirmé comme un champion de l’indépendance des Philippines, d’une façon approuvée par ses maîtres impérialistes. Il a dirigé la première mission visant à supplier pour «l’indépendance» à Washington en 1918. Il a sapé lentement le prestige de Osmena qui était président de la Chambre des Représentants jusqu’en 1921 quand il a attaqué ce dernier sur sa méthode de direction, mais pas sur le fond de sa direction. En 1922, ils ont tous les deux participé pour être élus au Sénat des Philippines et l’ont été sur deux ailes séparées du Parti Nacionalista. C’est Quezon qui a été, une fois de plus, élu président du Sénat. Osmena a été élu président pro-tempore. À partir de là, Quezon est devenu la marionnette en chef.

Quezon a constamment joué le jeu de clamer l’indépendance des Philippines tout agissant servilement en étant le pire politicien fantoche du pays. Feignant l’insatisfaction concernant les résultats de la mission pour l’indépendance aux États-Unis, il forma en 1926 le Conseil National Suprême et lança une journée nationale de prière pour «l’indépendance», le jour de l’anniversaire de Washington. C’est de cette manière qu’il agit pour obtenir le soutien “non-partisan” pour sa direction fantoche.

Comme tous les capitalistes bureaucrates dont il était à la tête, Quezon s’est enrichi grâce à la corruption et a été en mesure d’amasser des richesses dans les terres agricoles, l’immobilier urbain et les stocks des entreprises. Au cours de la troisième décennie, lorsque la crise capitaliste américaine eut lieu et qu’elle aiguisa la souffrance du peuple partout dans le monde, Quezon agit comme un instrument efficace de la domination coloniale en invoquant le slogan de «justice sociale», tandis que dans le même temps il lançait la plus brutale attaque contre le peuple.

Au début de cette décennie, les grandes masses de la population ont été fortement agitées par l’incessante oppression coloniale et de classe de l’impérialisme américain et de ses laquais locaux – la grande bourgeoisie compradore, la classe des propriétaires terriens et les grands bureaucrates fantoches. Le Parti Communiste des Philippines fut créé le 7 novembre 1930 par Crisanto Evangelista en réponse à la demande croissante pour la libération nationale et sociale. Il s’est efforcé d’intégrer la théorie universelle du Marxisme-Léninisme aux conditions concrètes de la société philippine et a élevé le niveau de la Révolution Philippine à un celui d’un type nouveau de révolution nationale-démocratique à l’ère de l’impérialisme.

La lutte incessante des masses prolétariennes et paysannes contre l’impérialisme américain et le féodalisme a atteint un nouveau sommet avec la fondation du Parti Communiste des Philippines. Les syndicats et les associations paysannes avaient émergé depuis le début du siècle, malgré les efforts du régime colonial américain pour les réprimer par la force pure et simple et de les saboter avec des tactiques d’infiltration visant à falsifier la représentation des intérêts du peuple. Dans la décennie précédente, le mécontentement des masses fut fréquemment exprimé par la violence spontanée comme dans les grèves industrielles à Manille et dans les grèves paysannes en Luzon Centrale, Luzon du Sud, Visayas et Mindanao. Les Colorums ont menés une révolte dans deux provinces de Mindanao en 1923-24. À une moindre échelle, ils se sont également rebellés à Negros, Rizal, Batangas, Laguna, Pampanga et Tarlac. Dans tous les cas de protestation de masse, le gouvernement colonial américain a utilisé les mesures les plus violentes pour attaquer les masses.

Le 1er mai 1931, une manifestation populaire organisée et dirigée par le Parti a été impitoyablement attaquée et dispersée par la maréchaussée fantoche sous les ordres des impérialistes américains. Les dirigeants du parti et ses membres furent arrêtés. L’année suivante, la Cour Suprême fantoche a interdit le Parti et a infligé des peines d’emprisonnement aux dirigeants du Parti. Néanmoins, en dépit de l’interdiction du Parti, des soulèvements paysans spontanés se produisirent comme ceux de Tayug en 1931, ceux des Sakdals en 1935 sur certaines zones en Luzon Centrale et Luzon du Sud.

Dans ces circonstances graves, l’impérialisme américain fut contraint au sein des Philippines et dans le monde entier de créer l’illusion qu’il était prêt à accorder une «indépendance» à sa colonie philippine. La crise de l’impérialisme intensifia la lutte nationale pour l’indépendance et la lutte des classes aux Philippines. Aux États-Unis, les capitalistes agricoles américains ont fait un tollé contre le sucre et l’huile de noix de coco des Philippines; les dirigeants du syndicat jaune de l’AFL-CIO ont dénoncé l’immigration des travailleurs philippins aux États-Unis. Dans ces circonstances, le Congrès américain a adopté la loi Hare-Hawes-Cutting en 1933 octroyant une indépendance factice aux Philippines.

Une mission dirigée par Osmena et Roxas a ramené cette loi d’indépendance fictive. Craignant que ces deux politiciens fantoches ne fassent de cela un capital politique l’excluant, Quezon attaqua cette loi comme inadéquate et conduisit une autre mission à Washington pour demander une autre loi d’indépendance fictive. À la place de cette loi Hare-Hawes-Cutting, la loi Tydings-McDuffie qui n’était pas différente, sauf dans de mineures reformulations, fut adoptée en 1934 par les États-Unis. Cette nouvelle loi coloniale servit les pouvoirs de Quezon pour devenir le premier président du gouvernement fantoche du Commonwealth.

La loi Tydings-McDuffie ouvrit la voie à l’élaboration d’une constitution qui fut soumise à l’approbation du président américain pour la formation du gouvernement du Commonwealth en 1935. Elle promettait d’accorder une pleine «indépendance» à une république bidon dix ans après la ratification de cette constitution. La loi fit en sorte que, parmi tous les privilèges impérialistes, les citoyens américains et les sociétés conservent leurs droits de propriété aux Philippines et que le gouvernement américain soit toujours en mesure de stationner ses troupes et d’occuper de vastes zones de territoire philippin pour ses bases militaires et finalement que les États-Unis et les Philippines maintiennent le libre échange.

L’impérialisme américain a truqué la Convention Constitutionnelle de 1935. Les délégués venaient massivement de la grande bourgeoisie compradore et de la classe des propriétaires terriens. Comme tous les documents coloniaux, la constitution qu’ils formulèrent fut ornée de grandes phrases pour cacher des dispositions importantes ainsi que des omissions significatives soutenant le pouvoir politique et économique de l’impérialisme américain, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique aux Philippines. La constitution ne plaça aucune restriction sur les investissements américains et étrangers, sauf dans les domaines de la propriété des terres, des ressources naturelles et des services publics où les restrictions étaient néanmoins fragiles. Elle contenait également des dispositions spéciales (Art. XVII) en faveur de l’impérialisme américain. En 1939, une première ordonnance y sera jointe afin d’assurer davantage la domination tous azimuts de l’impérialisme américain, même après la proclamation de l’indépendance fictive.

La Loi sur la Défense Nationale fut le tout premier acte législatif du gouvernement fantoche du Commonwealth. Cet acte conçut l’organisation des forces armées réactionnaires et adopta les mercenaires philippins de l’impérialisme américain comme composants principaux de l’Etat fantoche. La Gendarmerie Philippine devint la Première Armée Régulière sous l’Armée Américaine en 1936. Quezon, le premier président de la république fantoche, désigna le général Douglas Mac Arthur comme «maréchal» de ces mercenaires.

Pour faire face au fascisme déchaîné du Japon, de l’Allemagne et de l’Italie, les communistes du monde entier appelèrent à former un front populaire avec toutes les forces anti-fascistes. Craignant d’être isolé des larges masses du peuple philippin, les impérialistes américains et le gouvernement fantoche du Commonwealth virent la nécessité de mettre hors de prison les dirigeants du Parti Communiste qu’ils avaient persécutés. Dès que ces dirigeants furent sortis de prison en 1936, le Parti intensifia le mouvement anti-fasciste des travailleurs et des paysans sous la bannière du Front populaire.

Dans une tentative d’augmenter son adhésion et de gagner rapidement un soutien des masses, le Parti Communiste des Philippines fusionna en 1938 avec le Parti Socialiste pour former le Parti Communiste des Philippines (Union du Parti Socialiste et Communiste). Durant le congrès qui ratifia l’unification, les agents de la bourgeoisie se glissèrent dans le Parti et en usurpèrent l’autorité, alors que les dirigeants du Parti étaient en prison, et réussirent à se faire, eux-mêmes, officiellement élire à des postes à responsabilité, en particulier dans ce qu’on appelait la deuxième ligne de direction. Ces éléments petits-bourgeois inchangés, représentés par Vicente Lava conspirèrent avec certains éléments anti-communistes dans l’Union des Libertés Civiles et dans la Ligue pour la Défense de la Démocratie en insérant dans la Constitution de 1938 du parti unifié des dispositions contre-révolutionnaires soutenant la constitution coloniale du gouvernement fantoche du Commonwealth.

Ces contre-révolutionnaires qui s’étaient glissés dans le Parti déformèrent systématiquement la politique du Front Populaire en une politique de soumission à l’impérialisme américain et au gouvernement fantoche du Commonwealth. Ces anti-communistes déguisés en communistes manoeuvrèrent la direction du Parti en soumettant un mémorandum éhonté au Haut Commissaire Américain Sayre, au général MacArthur et à Quezon en décembre 1941, engageant un soutien tous azimuts et la loyauté envers l’impérialisme américain et le gouvernement fantoche du Commonwealth. Les trois fonctionnaires coloniaux savourèrent cet acte misérable, qui repoussait fermement tout appel aux armes.

VII. LA LUTTE POPULAIRE CONTRE L’IMPERIALISME JAPONAIS

Dans la période qui suivit la Première Guerre Mondiale, l’impérialisme américain et britannique assignèrent au Japon le rôle d’être leur garde spéciale à l’arrière du premier Etat socialiste, ainsi que d’être le principal collaborateur asiatique dans la colonisation des peuples asiatiques. Le Japon se vit accorder le privilège de conserver ses anciennes colonies et d’en acquérir de nouvelles tant qu’il ne contestait pas l’hégémonie anglo-américaine. Aux Philippines, les entreprises japonaises furent encouragées, par l’impérialisme américain, à participer à l’exploitation du peuple philippin, en particulier en Mindanao. Cependant, la crise capitaliste mondiale des années trente secoua l’équilibre du pouvoir entre et dans les pays impérialistes et le fascisme monta au pouvoir dans un certain nombre de pays capitalistes, y compris le Japon, pour menacer les peuples du monde.

Comme toutes les autres puissances fascistes, l’impérialisme japonais décida de mener une guerre pour un repartage du monde comme moyen désespéré de se sauver de la dépression économique. Il avait l’ambition de monopoliser l’Asie, contre la volonté même de ses maîtres anglo-américains d’autrefois. Il lança une invasion massive de la Chine dans les années trente avant de prendre d’autres pays au cours de la Seconde Guerre Mondiale.

Le 7 et 8 décembre 1941, les Japonais lancèrent une attaque aérienne soudaine sur les bases militaires américaines à travers l’océan Pacifique et la mer de Chine, y compris celles de Pearl Harbor et aux Philippines. Le gouvernement fantoche du Commonwealth prit immédiatement les ordres des autorités militaires américaines et Manille fut déclarée “ville ouverte” à partir du 26 décembre et occupée par les japonais le 2 janvier 1942. Dès le début, il était évident que la stratégie militaire américaine était d’assister l’Europe d’abord et de permettre aux japonais de s’étendre en Asie.

Comme les envahisseurs japonais l’avaient prévu, MacArthur concentra bêtement l’USAFFE (Forces armées des Etats-Unis en Extrême-Orient), composée de troupes américaines et de bénévoles philippins à Bataan et à Corregidor. Les troupes impérialistes japonaises envahirent donc librement les Philippines en plusieurs endroits. Ainsi, elles purent encercler l’USAFFE qui capitula à Bataan le 9 avril et à Corregidor le 7 mai. La résistance mise à Bataan était de peu de valeur sauf pour couvrir la fuite des fonctionnaires coloniaux américains et du gouvernement fantoche du Commonwealth de Corregidor. Les généraux américains firent capituler leurs forces, les conduisant à une marche de la mort de Bataan jusqu’au camp de concentration de Capas en Tarlac.

Les capitalistes bureaucrates, gonflés par les impérialistes américains, eurent à choisir entre deux alternatives : maintenir leur allégeance à l’impérialisme américain ou passer à l’impérialisme japonais. Tel était également le choix auquel la grande bourgeoisie compradore et la grande classe des propriétaires terriens furent limitées. Ils ne considérèrent pas du tout que l’invasion fasciste, résultat des contradictions inter-impérialistes, était l’occasion de faire valoir la souveraineté du peuple philippin contre l’impérialisme japonais et l’impérialisme américain. Le Parti Nacionalista des compradores-propriétaires terriens qui monopolisait pratiquement la bureaucratie fantoche, se sépara en deux factions, l’une servant l’impérialisme américain et l’autre servant l’impérialisme japonais. Les capitalistes bureaucrates qui choisirent de rester aux côtés de l’impérialisme américain fuirent à Washington ou rejoignèrent l’USAFFE et combattirent le peuple encore plus que le firent les fascistes japonais et leurs marionnettes.

L’impérialisme japonais vint avec le slogan de “sphère de coprospérité de la grande Asie orientale” de la même façon que l’impérialisme américain était venu avec celui d'”assimilation bienveillante.” Les envahisseurs fascistes transformèrent les Philippines en une colonie et mirent en place leur propre gouvernement fantoche dirigé par le grand traître Jose Laurel. Cela fut fait avec le soutien de la grande bourgeoisie compradore et de la classe des propriétaires terriens. Le 14 octobre 1943, les impérialistes japonais accordèrent “l’indépendance” aux Philippines et truquèrent une république fantoche dans une tentative évidente de surenchérir aux impérialistes américains qui avaient déjà promis de faire cette même imposture le 4 juillet 1946.

Plus de trois semaines après l’occupation japonaise de Manille, la direction du Parti Communiste des Philippines était encore à Manille. Les dirigeants du Parti furent arrêtés alors qu’ils s’étaient réunis dans la ville. Cet évènement fut la manifestation la plus claire du manque de préparation suffisante contre la guerre. Il montra l’influence néfaste des agents de l’impérialisme américain dirigés par les Lavas et Tarucs qui avaient manœuvré à préoccuper la direction du Parti avec le parlementarisme bourgeois, le pacifisme et les libertés civiles.

Néanmoins, les cadres révolutionnaires et membres du Parti réussirent à tenir la Conférence du Bureau de Luzon Centrale le 6 février 1942 et décidèrent de lutter contre les agresseurs japonais avec une armée populaire. Ainsi, le Parti acquièra l’honneur d’être le seul parti à décider de combattre les envahisseurs fascistes et à affirmer la souveraineté du peuple philippin. Il créa l’Armée Populaire Anti-Japonaise (Hukbo ng Bayan Laban sa Hapon — Hukbalahap) le 29 mars 1942 et rallia le peuple à la résistance armée. Le patriotisme des communistes et des combattants rouges fut démontré par des exploits héroïques dans les combats contre l’ennemi. Ces patriotes ont éveillés et mobilisèrent les gens et les amenèrent à conquérir une large mesure du pouvoir démocratique, en particulier dans en Luzon Centrale et dans certaines zones dans de Luzon du Sud.

Au sein du Parti, cependant, la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et Tarucs continua à saboter la guerre populaire. Ils propagèrent une ligne visant à limiter la lutte du peuple exclusivement contre les Japonais et saluant le retour de l’impérialisme américain et de son gouvernement fantoche du Commonwealth. Au plus fort de la guerre anti-fasciste, ils adoptèrent la ligne lâche de “retraite pour la défense” qui ne différait pas de la politique de “rester-coucher” de l’USAFFE. La bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et Tarucs s’opposa à la ligne de la Troisième Internationale visant à mener l’unité et la lutte dans un front uni à tout moment et à utiliser ce front populaire anti-fasciste pour établir un gouvernement démocratique populaire.

La politique de «retraite pour la défense» et le changement des escadrons Hukbalahap en de minuscules unités de trois à cinq personnes s’avérèrent comme étant de mauvaises tactiques, par les événements. Cela entrava la croissance et l’avancement de l’armée populaire. Sous la pression des cadres et des masses révolutionnaires, le Comité Central du Parti répudia cette politique, mais seulement en septembre 1944. Le rejet de cette politique fut opportun dans la mesure où il ouvrit la voie à l’avance victorieuse du Hukbalahap même dans en Luzon Centrale et dans des zones du Luzon du Sud. Dans le mois suivant octobre, les forces impérialistes américaines essayèrent déjà de récupérer les Philippines.

Malgré les efforts déployés par les agents de l’impérialisme américain pour les affaiblir de l’intérieur, le Parti et le Hukbalahap se distinguèrent comme les plus féroces combattants et les plus efficaces contre les fascistes japonais et leurs marionnettes. Ils rendirent difficile à l’ennemi l’obtention de nourriture, en particulier de riz venant de Luzon Central. Ils se distinguèrent en tant que force de guérilla unique, avec le plus grand soutien populaire et le plus large territoire conquis après la guerre.

Suivant son plan ignoble de retrouver ses colonies et d’en saisir de nouvelles, l’impérialisme américain s’engagea dans des batailles navales et aériennes avec le Japon au moment où les troupes de ce dernier étaient déjà anéanties en grand nombre par tous les mouvements de libération nationale en Asie, en particulier dans la grande étendue de la Chine. Les défaites les plus décisives de l’impérialisme japonais dans toute la guerre anti-fasciste d’Asie furent infligées par le Parti Communiste de Chine et l’Armée Populaire de Libération dirigés par le camarade Mao Zedong. C’est la Chine qui s’est prise l’essentiel des troupes d’agression japonaises qui s’étaient étendu sur son immense territoire depuis 1937. C’est le grand peuple chinois et les peuples d’Asie qui changèrent le cours de la guerre contre l’impérialisme japonais alors que 1945 approchait. C’était un acte criminel, stupide et raciste de l’impérialisme américain d’utiliser la bombe atomique sur le peuple japonais dans le but de prétendre à la victoire sur le Japon.

Le peuple du monde tout entier, en particulier les peuples d’Europe, doivent à l’Union Soviétique sous la grande direction du camarade Staline le renversement du cours de la guerre mondiale contre le fascisme. Ce fut la bataille de Stalingrad qui affaiblit principalement les puissances de l’Axe. À partir de là, l’Armée Rouge Soviétique avança et les forces fascistes furent annihilées et désintégrées sans relâche.

C’est principallement le peuple philippin qui permit la libération des envahisseurs impérialistes japonais de leur propre pays. C’était l’effort total du Parti Communiste des Philippines, du Hukbalahap et des autres forces de guérilla patriotique dans tout le pays qui brisa le dos des forces d’invasion et des marionnettes japonaises. Ce sont eux qui expulsèrent les Japonais de leurs garnisons dans les villes et les annihilèrent dans les flammes de la guérilla dans la campagne. Ce ne fut pas l’impérialisme américain qui libéra les Philippines. L’impérialisme américain y retourna simplement pour réimposer sa domination coloniale. En fait, il concentra ses bombardements aériens et ses tirs d’artillerie sur le peuple philippin et sur leurs maisons fin 1944 et début 1945 pour ouvrir la voie à leur soumission. Les impérialistes japonais rivalisèrent avec les impérialistes américains en massacrant massivement le peuple philippin. Dès son retour, l’impérialisme américain manoeuvra pour attaquer et désintégrer le Hukbalahap et d’autres forces de guérilla qui étaient indépendantes de l’USAFFE.

VIII. LA RÉPUBLIQUE FANTOCHE DES PHILIPPINES ACTUELLE

En menant la guerre populaire et la construction d’une armée populaire contre les fascistes japonais et leurs marionnettes, le Parti Communiste des Philippines obtint le statut de puissant instrument du peuple philippin et la position d’être en mesure de jouer un rôle important dans l’histoire des Philippines . Avant que l’impérialisme américain ne débarque ses troupes à Luzon, la Hukbalahap sous la direction du Parti avait libéré presque toute la région de Luzon Centrale, avait organisé les gouvernements provinciaux et municipaux et avait envoyé des unités armées à Manille et en Luzon du Sud.

Il n’y avait cependant pas eu de préparation idéologique et politique contre le retour de l’impérialisme américain et contre la réimposition de la féodalité à la campagne. Agissant constamment comme instrument de l’impérialisme américain au sein du Parti, la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et Tarucs rabâcha sur la loyauté envers le gouvernement américain et envers le gouvernement fantoche du Commonwealth en espérant s’engager dans la lutte parlementaire sous la dispensation de ces monstres. Pourtant, l’impérialisme américain et les classes exploiteuses locales était déterminé à attaquer le Parti, l’armée populaire et le peuple à balles réelles ainsi qu’avec celles enrobées de sucre.

Trompé par la bande bourgeoisie réactionnaire des Lavas et Tarucs, le Hukbalahap accueillit les troupes impérialistes américaines qui défilèrent vers le Luzon Centrale depuis le Lingayen en 1945. Certaines unités de l’armée populaire combattirent ensemble avec les troupes impérialistes américaines en délogeant les troupes japonaises des aérodromes de Floridablanca mais furent surprises quand, après la bataille, les troupes américaines tournèrent leurs armes contre elles et les désarmèrent. À Manille, les agresseurs impérialistes désarmèrent et refoulèrent aussi les unités de la Hukbalahap qui les avaient suivis. L’Esquadron 77, une unité de l’armée populaire, fut massacrée après avoir été désarmée à Malolos en Bulacan alors qu’elle était sur le chemin de Manille.

Pour supprimer le peuple philippin, l’impérialisme américain mit en place sous les ordres de son commandement de la Police Militaire, les marionnettes de l’USAFFE et l’ancienne gendarmerie pro-japonaise philippine. Il encouragea les traîtres propriétaires à reprendre le contrôle total sur les terres qu’ils avaient laissées pendant la guerre, d’exiger des arriérés de loyer aux paysans et d’organiser des bandes armées privées, alors connues comme gardes civils, pour imposer leur domination de classe en coordination avec la police militaire. Dans leur tentative de dissoudre les gouvernements provinciaux et municipaux établis par le Parti et l’armée populaire, les impérialistes américains et les propriétaires déclenchèrent une campagne de terreur blanche contre le peuple. Le quartier général des Hukbalahap à San Fernando en Pampanga fut attaqué par le Corps Américain de Contre-Espionnage. Des arrestations massives et l’emprisonnement de cadres du Parti, de combattants rouges et de gens ordinaires eurent lieu partout en Central Luzon. Les massacres, les assassinats, la torture et d’autres formes d’atrocités furent commis par la police militaire et les gardes civils.

Les gens étaient si furieux qu’ils voulurent se battre et continuer la guerre populaire. Mais la bande bourgeoise réactionnaire des Lavas et Taruc appuya sa ligne, qui était de dire que les gens étaient fatigués de la guerre et qu’une campagne pour la «paix démocratique» était demandée. Les traîtres cachés au sein du Parti saluèrent la fausse indépendance promise par l’impérialisme américain avec le désir d’occuper des postes élevés dans le gouvernement réactionnaire fantoche. Ainsi, le siège du Parti fut déplacé hors de la campagne vers la ville. Ils organisèrent l’Alliance Démocratique pour qu’ils puissent aider l’impérialisme américain à mettre en place une république fictive. Ils convertirent la Hukbalahap en Ligue des Vétérans Huk et mirent donc le peuple à la merci de l’ennemi. Les comités populaires furent tempérés par la guerre anti-fasciste, et se transformèrent en de simples chapitres d’une association paysanne légale et furent utilisés pour répandre la fausse illusion que la réforme agraire pourrait être extirpée des mains de l’ennemi.

La bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et Tarucs considéra comme point le plus important de la lutte parlementaire : la question de transformer le Parti Communiste, à travers une alliance démocratique, en un simple complément soit du Parti Nacionalista, soit du Parti Libéral aux élections de 1946. Ils choisirent de se joindre à travers l’Alliance démocratique du côté du Parti Nacionalista contre le Parti Libéral, qui était jusqu’à récemment une simple faction du Parti Nacionalista. Il n’y avait pas de différence fondamentale entre le Parti Libéral et son parti mère.

Osmena, le candidat présidentiel du Parti Nacionalista, avait en sa qualité de président du gouvernement fantoche du Commonwealth participé à décharger Roxas, le fondateur du Parti libéral, de sa charge de collaborateur pro-japonais. Conformément aux ordres de ses maîtres impérialistes, Osmena avait convoqué le Congrès d’avant-guerre dont la majorité des membres étaient devenus des collaborateurs pro-japonais durant la guerre. Cette clique de traîtres élirent Roxas, l’ancien collecteur en chef de riz pour l’armée impériale japonaise, au poste de président du Sénat, une position à partir de laquelle il pouvait contester la direction fantoche de Osmena. Ce Congrès fantoche recueillit même des taxes rétroactives sur ce qu’ils avaient prêter aux fascistes japonais.

1. Le régime fantoche de Roxas, 1946-1948

Comme cela s’annonçait grâce à l’énorme soutien financier et à la propagande apportés par l’impérialisme américain à sa campagne électorale, Manuel Roxas fut élu comme le dernier président du gouvernement fantoche du Commonwealth en avril 1946. Il devint, de fait, le premier président de la république fantoche des Philippines de part la proclamation de l’indépendance nominale le 4 juillet 1946. Ses maîtres impérialistes l’ont favorisé parce qu’il pouvait être menacé de poursuites pour sa collaboration pro-japonaise et que cela pourrait donc être un moyen de pression pour lui faire signer des traités inégaux en échange d’une amnistie générale le disculpant ainsi que d’autres membres des classes dirigeantes, de l’accusation de trahison.

Le Parti Libéral nouvellement créé a prévalu, lors des élections réactionnaires, sur le Parti Nacionalista mais, en dépit de la fraude et du terrorisme perpétrés par la police militaire et par les gardes civils, six candidats au Congrès en Luzon Centrale et trois candidats sénatoriaux qui avaient participé sous l’alliance DA-NP et qui étaient connus pour s’opposer aux traités inégaux en cours de préparation par l’impérialisme américain, ont gagné. Leur nombre était suffisant pour empêcher la majorité de trois quarts nécessaire à la ratification des traités au Congrès mais de fausses accusations de fraude et de terrorisme électoral en Luzon Centrale les ont empêchés de prendre leurs sièges au Congrès dès le premier jour de sa session.

Le jour même où l’indépendance fictive des Philippines a été accordée et la république fantoche inaugurée par une proclamation actée par un gouvernement étranger, le président fantoche Roxas devait signer le Traité US-RP des Relations Générales, annulant l’indépendance des Philippines. Ce traité habilite le gouvernement américain à conserver son autorité suprême sur de vastes bases militaires qu’il peut étendre à volonté, garantit les droits de propriété des sociétés américaines et des citoyens comme étant égaux à ceux des sociétés philippines et des citoyens, et met les relations étrangères des Philippines sous la direction du gouvernement américain.

Sous le régime fantoche de Roxas, d’autres traités et accords majeurs ont été faits pour élaborer un asservissement colonial des Philippines à l’impérialisme américain. Ce sont : la Loi sur la Propriété, le Traité sur le Commerce Bell, le Traité des Bases Militaires US-RP et le Pacte d’Assistance Militaire US-RP. La Loi sur la Propriété stipule que tous les biens immobiliers et d’autres biens acquis par le gouvernement américain ou ses agences avant et après le 4 juillet 1946 seront respectés. Le Traité sur le Commerce Bell exige explicitement que l’Amendement de Parité dans la constitution coloniale permette aux monopoles américains de piller à volonté les ressources naturelles des Philippines, d’exploiter les services publics ainsi que de prolonger les relations de libre-échange entre les Philippines et les États-Unis et place les tarifs et la valeur du peso philippins sous le dictat américain. Le Traité des Bases Militaires US-RP a donné des droits extraterritoriaux à l’impérialisme américain pendant 99 ans pour les bases militaires américaines dans plus de vingt points stratégiques des Philippines. Le Pacte d’Assistance Militaire US-RP prévoyait le maintien du contrôle américain sur les forces armées réactionnaires locales à travers le JUSMAG qui conseillait, prêtait ou vendait des armes et d’autres équipements pour eux.

La Loi sur la Réhabilitation Tydings nécessitait la ratification du Traité sur le Commerce Bell, avec l’Amendement sur la Parité, avant que le gouvernement américain ne doive payer des dommages dus à la guerre dépassant 500 $. En outre, le Traité Vogelback sur la restitution des biens excédentaires de guerre américain au gouvernement fantoche des Philippines a obligé ce dernier à accepter le Traité sur le Commerce Bell et d’autres traités inégaux. Lorsque les paiements des dommages de guerre ont été faits, ils ont, la plupart du temps, bénéficier aux monopoles américains, à la grande bourgeoisie compradore, à la classe des propriétaires terriens, aux capitalistes bureaucrates et aux organisations religieuses. Dans la disposition des biens excédentaires de guerre américain, il y avait une corruption effrénée semblable à la disposition de biens d’urgence durant le régime fantoche de Osmena.

En plus d’être responsable de l’imposition de traités inégaux sur la nation philippine, le régime fantoche de Roxas était responsable d’attaques extrêmement brutales contre les masses paysannes, qui étaient destinées à renforcer le pouvoir des propriétaires terriens à la campagne. Le massacre de Maliwalu et le massacre de Masico sont des exemples de ces crimes odieux. Et pourtant, la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et Tarucs a persisté dans sa ligne du parlementarisme bourgeois. Cela a fait que le Pambansang Kaisahan ng mga Magbubukid a soumis un mémorandum à Roxas, mendiant la réforme agraire, la dissolution des gardes civils et la reconnaissance des droits des paysans à porter des armes pour l’autodéfense. Des fraudes de charlatans étaient employées dans une lutte à mort, au lieu de mettre en œuvre une politique ferme pour éveiller et mobiliser la population à la lutte armée révolutionnaire.

L’acte le plus flagrant d’obséquiosité perpétré par le gang bourgeois de Lavas et Tarucs fut son soutien à la campagne de «pacification» lancée par le régime fantoche de Roxas contre le Parti, l’armée et le peuple. Les cadres du Parti furent placés sous la garde de la police militaire et partirent demander aux gens de déposer leurs armes. Cet acte de sabotage des Lavas et Tarucs a coûté la vie à énormement de personnes, cadres et combattants rouges. Les Lavas et Tarucs ont répandu parmi les cadres le mensonge que la campagne de «pacification» n’était qu’une simple tournée de conférences. C’était en fait une campagne de terreur contre le peuple, le Parti et l’armée populaire. Les travailleurs des villes et les paysans des campagnes ont été victimes de cette campagne.

Les gens ne pouvaient pas se laisser intimider. Ils étaient impatients de se défendre et l’ont fait d’une manière spontanée contre les déprédations de l’ennemi. Mais chaque fois qu’ils lancèrent un cri pour la révolution armée, la bande bourgeoise réactionnaire des Lavas et Tarucs saisit l’initiative au sein du Parti Communiste et fit semblant de répondre à cette clameur. En 1947, Pedro Castro fut démis de son poste de secrétaire général sur la base qu’il avait proposé de transformer le Parti en un parti de masse ouvert sur un pied d’égalité avec le Parti Nacionalista et le Parti Libéral. Mais à sa place fut mis Jorge Frianeza qui était encore pire car il prônait ouvertement la coopération tous azimuts avec le régime fantoche de Roxas malgré les actes éhontés de terreur fasciste contre le Parti, l’armée et le peuple.

Ne connaissant pas de limites dans sa haine du peuple, le régime fantoche de Roxas a interdit la Hukbalahap et le Pambansang Kaisahan ng mga Magbubukid par un décret présidentiel, le 6 mars 1948. Au nom de l’impérialisme américain et des classes réactionnaires locales, le régime fantoche de Roxas n’a jamais hésité à attaquer le peuple.

2. Le régime fantoche de Quirino, 1948-1953

Après la mort de Roxas en avril 1948, Elpidio Quirino, qui était alors son vice-président, servit le reste du mandat présidentiel. Craignant une montée du mouvement révolutionnaire de masse, Quirino persuada le peuple par une offre d’amnistie de la Hukbalahap et par une promesse de rétablir et de payer les salaires arriérés des membres du Congrès de l’Alliance Démocratique qui avaient été évincés en 1946. La principale condition fixée pour l’octroi de ces concessions était la remise des armes et l’immatriculation des combattants rouges de la Hukbalahap.

Même si la direction du parti représenté par Jorge Frianeza s’était retirée en mai 1948 en raison de son soutien de droite au régime fantoche de Roxas, la direction du parti représenté maintenant par Jose Lava permit au traître Luis Taruc en juin 1948 de discuter de la capitulation de la révolution avec le régime fantoche de Quirino. L’excuse fragile colportée au sein du Parti était que Taruc ne faisait qu’utiliser ces négociations en vue de faire de la propagande. Ces négociations de capitulation se sont avérées être une propagande en faveur de l’ennemi. Lorsqu’un accord d’amnistie fut conclu et que Taruc réclama son siège au Congrès réactionnaire, les troupes et les agents secrets de la Gendarmerie Philippine dans les barrios de Luzon Centrale furent autorisés à se mêler aux combattants rouges de la Hukbalahap et purent bénéficier de l’immunité. Les cadres les plus fiables du Parti furent exposés à l’ennemi qui était venu pour faciliter la remise des armes et l’immatriculation des combattants rouges.

L’accord d’amnistie Taruc-Quirino ne dura même pas deux mois. Alors même que les forces armées réactionnaires se sont mises, une fois de plus, à férocement attaquer le peuple, la direction de Jose Lava fit à nouveau une parodie de l’intégrité révolutionnaire du Parti en décembre 1948, quand elle prépara un mémorandum pour le Comité des Activités Non-Philippines (APUC), qui fut lu par Mariano Balgos en sa qualité de secrétaire général du Parti. La présentation du mémorandum était un autre acte pour se concéder à l’autorité des réactionnaires. En outre, le texte du mémorandum contenait des positions contre-révolutionnaires, tel que celle d’affirmer que le Parti continuerait toujours à soutenir la constitution coloniale du gouvernement réactionnaire et que la révolution de démocratie nouvelle aurait une base capitaliste.

En 1949, la direction de Jose Lava répéta la pratique contre-révolutionnaire de participer directement aux élections fantoches en faisant campagne pour une faction réactionnaire en particulier et devenant ainsi une marionnette de celle-ci. Ils soutinrent Laurel contre Quirino, à savoir, le Parti Nacionalista contre le Parti Libéral. Ils cachèrent le sombre passé de Laurel en tant que marionnette en chef de l’impérialisme japonais et l’acclamèrent comme un nationaliste et un démocrate. Alors que Quirino faisait campagne sur une plateforme de loyauté à l’impérialisme américain, Laurel déclara maladroitement que, tout comme Roxas, sa soumission à l’impérialisme japonais avait également été une forme de loyauté envers l’impérialisme américain avec la bénédiction secrète de Quezon. Dans tous les cas, Quirino employa la fraude et le terrorisme pour assurer la défaite électorale de Laurel.

Après les élections de 1949, la direction de Jose Lava prit la ligne de dire qu’il pourrait prendre le pouvoir en deux ans et a, à cet effet, préparé un calendrier d’opérations militaires et de recrutement rapide dans le Parti. Sans compter principalement sur la force du Parti et de l’armée populaire et sans avoir rectifié une longue période de compromis sans scrupule avec l’impérialisme américain et les réactionnaires locaux, la direction de Jose Lava considéra comme facteurs de base nécessaires à la victoire de la Révolution Philippine des conditions externes tel que : la “certaine” troisième guerre mondiale qui allait éclater, la récession économique des États-Unis et la libération du peuple chinois. Aux Philippines, il surestima la lutte entre Quirino et Laurel comme un facteur fondamental pour l’avancement du mouvement révolutionnaire de masse. En janvier 1950, la ligne aventuriste de la victoire militaire rapide fut officiellement mise en avant par la direction de Jose Lava et par des résolutions du Bureau Politique du Parti.

Toutes les unités de l’armée populaire reçurent l’ordre de lancer des attaques simultanées sur les capitales des provinces, des villes et des camps ennemis le 29 mars, 26 août et 7 novembre 1950. Les attaques du 29 mars et 26 août furent lancées mais elles affaiblirent la force de l’armée populaire. Le 18 octobre, l’ennemi contre-attaqua en s’en prenant à tous les bureaux centraux du Parti à Manille, arrêtant entre autres le Politburo dirigé par Jose Lava. Par la suite, les campagnes d’encerclement et d’anéantissement furent lancées dans la campagne contre la petite et disséminée armée populaire. Les lignes étendues d’approvisionnement et de communication de l’Armée Populaire de Libération devinrent des cibles faciles pour les forces armées réactionnaires. En raison de son orientation putschiste, la direction de Jose Lava amena des défaites des plus écrasantes au Parti et à l’Armée Populaire.

Le plus grand service rendu par le régime fantoche de Quirino à l’impérialisme américain et aux classes exploiteuses locales fut de porter un coup écrasant au Parti et à l’Armée Populaire. Le droit à l’habeas corpus fut officiellement suspendu pour permettre à l’armée fasciste dirigée par Ramon Magsaysay de commettre les abus les plus effrénés aux droits démocratiques. Les conditions objectives pour mener la guerre populaire prolongée étaient extrêmement favorables et pourtant la direction de Jose Lava choisit d’épuiser et de pousser trop loin les forces révolutionnaires en vertu d’une politique aventuriste. Elle contrecarra les progrès de la révolution démocratique populaire en violant les principes fondamentaux du Marxisme-Léninisme.

Vers la fin des années 1940, les fonds provenant de la république fantoche en tant que dommages de guerre, paiements réhabilitation, biens de secours, vente de matériaux de surplus de guerre, dépenses du personnel militaire américain et paiements d’anciens combattants étaient déjà épuisés par l’importation sans restriction de produits de consommation et de luxe, par les travaux publics, par la reconstruction des usines agricoles, des bureaux et des palais des compradores-propriétaires terriens et par la corruption déchainée. Le contrôle des importations du être imposé en 1949 pour conserver les réserves de dollars du gouvernement réactionnaire. En 1953, tout un système de contrôle des changes étrangers fut appliqué pour mettre un frein à l’épuisement des ressources financières du gouvernement fantoche.

Profitant des difficultés politiques et économiques des Philippines, le gouvernement américain envoya la Mission Bell pour mener une étude économique et faire des recommandations au régime fantoche de Quirino. La Mission Bell ouvrit la voie à l’imposition de l’Accord d’Assistance Economique et Technique de 1951, qui nécessita la mise en place de conseillers américains dans les bureaux stratégiques du gouvernement fantoche pour assurer la perpétuation de la politique coloniale. La Banque Centrale nouvellement créée avait désespérément besoin de dollars, et devint pupille de la Banque d’Export-Import des États-Unis et d’autres banques américaines.

En vue de se conformer aux résolutions des Nations Unies contrôlées par les américains, le régime fantoche de Quirino envoya des forces expéditionnaires pour la guerre de Corée afin d’aider l’impérialisme américain dans sa guerre d’agression contre le peuple coréen en 1950. Le représentant du président fantoche signa le Traité de San Francisco en 1951, conformément aux souhaits de l’impérialisme américain pour faire revivre le militarisme japonais comme son principal partenaire en Asie. À cette époque, le capitalisme monopoliste japonais se relança rapidement avec des contrats directement liés à la guerre de Corée.

En 1951, le régime fantoche de Quirino ratifia le Traité de Défense Mutuelle US-RP, ce qui permit aux États-Unis d’intervenir arbitrairement dans les affaires des Philippines sous prétexte de protection mutuelle. En 1953, Quirino a signé l’accord prolongeant indéfiniment l’effectivité du Pacte d’Assistance Militaire US-RP qui avait été signé en 1947. En outre, en 1953, l’Accord Relatif à l’Entrée des Traders et Investisseurs Américains fut signé, ce qui facilita l’entrée du personnel de gestion des capitaux américains aux Philippines. À la fin de son mandat, Quirino était devenu une marionnette enragée de l’impérialisme américain en dépit du fait que l’Agence Centrale de Renseignement était particulièrement intéressée à le faire remplacer par Magsaysay en tant que président fantoche.

3. Le régime fantoche de Magsaysay, 1954-1957

En tant que secrétaire de la défense nationale sous le régime fantoche de Quirino, Magsaysay avait été applaudi par l’impérialisme américain et les classes exploiteuses locales pour avoir vaincu le mouvement révolutionnaire de masse. Les usines de propagande américaines déformèrent la réalité pour le présenter comme “un homme du peuple” et ”le sauveur de la démocratie ” et donnèrent un soutien total à sa candidature à la présidence en échange de la répression brutale des masses et de l’entrave des droits démocratiques. Quirino, d’autre part, devint le bouc-émissaire de l’état de guerre civile, de l’imposition de la loi martiale et de la corruption effrénée du gouvernement réactionnaire.

Magsaysay quitta le Parti libéral pour rejoindre le Parti Nacionalista et se présenta contre Quirino aux élections de 1953. Par ce mouvement, l’impérialisme américain exposa l’absence d’une quelconque différence fondamentale entre les deux partis réactionnaires. Magsaysay devint le troisième président de la république fantoche malgré les efforts de Quirino pour manipuler les ressources et les installations gouvernementales en sa faveur. Les monopoles américains par le biais de la Chambre de Commerce des Philippines apportèrent tout le poids de leur argent à Magsaysay dans une élection dont le coût et la corruption furent sans précédent. L’utilisation de l’autorité du JUSMAG comme excuse, les officiers militaires américains allèrent jusqu’à contrôler les compagnies des forces armées réactionnaires pour veiller à ce que leur candidat-chien de garde soit élu.

Durant son bref règne, Magsaysay termina le travail malfaisant d’écraser le Parti et l’Armée Populaire en tirant profit des politiques anti-marxistes et anti-léninistes de la direction de Jésus Lava qui avait automatiquement remplacée la direction de Jose Lava en 1951. Refusant d’apprendre des erreurs de la direction du Parti précédent, la direction de Jésus Lava continua à disposer des forces armées populaires de façon aventuriste. Il choisit de décrire l’étape de la lutte armée, dans laquelle ils étaient, comme étant l’étape de “contre-offensive” stratégique. Agissant au-delà d’une ligne de masse correcte dans pratiquement tous les lieux, les unités de l’Armée de Libération du Peuple s’isolèrent et recoururent à de graves abus pour simplement obtenir de la nourriture pour eux-mêmes. Plus d’isolement politique conduisit juste à des défaites militaires plus désastreuses.

Le traître Luis Taruc se rendit à Magsaysay en 1954. Toujours incapable de mener une guerre populaire prolongée correctement, la direction de Jésus Lava passa d’aventurisme à capitulationisme. En 1955, la direction de Jésus Lava fut prête à abandonner les campagnes en annonçant que la principale forme de lutte était la lutte parlementaire. Ils ont dissous les unités de l’Armée Populaire qu’ils réussirent à influencer en les convertissant en soi-disant brigades d’organisation.

En 1954, le régime fantoche de Magsaysay sabota la demande populaire intense d’abroger la Loi sur le Commerce Bell en négociant pour sa simple révision. Ainsi, l’accord Laurel-Langley fut signé. Ce nouveau traité aggrava la subordination économique des Philippines à l’impérialisme américain en permettant aux monopoles américains de jouir des droits de parité pour tous les types d’entreprises. Des ajustements dans le système des quotas et un traitement préférentiel pour les matières premières des Philippines furent faits pour approfondir le caractère colonial et agraire de l’économie. L’affirmation formelle de l’indépendance du Peso ne put pas le soustraire au contrôle effectif du dollar américain.

Les contrôles des changes montrèrent de manière flagrante l’asservissement du Peso philippin au Dollar américain. De part son économie semi-coloniale et semi-féodale, les Philippines durent faire usage de leurs recettes en dollars de leurs exportations de matières premières pour obtenir des produits finis de l’étranger, principalement des États-Unis. Pour contourner les priorités fixées par les règlements de contrôle des changes étrangers et des lois tarifaires pour l’importation de produits finis «essentiels», les monopoles américains et compradores désassemblèrent ces produits avant de les faire entrer dans le pays et les étiquetèrent comme matières premières pour une transformation locale. Des usines de montage et d’emballage furent mises en place pour créer l’illusion de l’industrialisation locale et de la substitution aux importations.

Le régime fantoche de Magsaysay signa le premier Accord Relatif aux Produits Agricoles avec les États-Unis en 1957. Cet accord fut conçu pour faire usage du surplus agricole américain et contribuer, ainsi, à perpétuer le modèle colonial de l’économie aux Philippines, maintenir la production agricole locale à la merci de l’impérialisme américain, contrôler les industries intermédiaires nécessitant des matières premières agricoles importées et soutenir la propagande impérialiste américaine.

Pour couvrir sa soumission à l’impérialisme américain, Magsaysay recouru à la vieille ruse coloniale et chauvine d’attaquer les détaillants chinois qui étaient simplement les troisièmes (après les américains et britanniques) parmi les marchands de nationalité étrangère engagés dans le commerce intérieur. En même temps, il continua à rendre difficile et coûteux aux ressortissants étrangers d’origine chinoise de devenir des citoyens philippins. La bande de bandits de Chiang et les capitalistes bureaucrates locaux se sont mis à fortement les extorquer. En toutes situations, Magsaysay permit à tous les hommes d’affaires étrangers, en particulier aux représentants directs des monopoles américains et aux grands compradores, d’exporter des capitaux hors du pays à leur guise.

Pour dissimuler le caractère anti-national et anti-démocratique de son régime, Magsaysay a, à contrecœur, permis l’adoption de la Loi Fili-Noli rendant obligatoire l’étude des écrits de Rizal. Cette loi, ne propagera toutefois que l’ancien type de démocratie nationale qui avait été seulement valable pendant l’ère pré-impérialiste de la démocratie bourgeoise. En même temps, il conspira avec la CIA et les jésuites américains pour la préparation d’une loi anti-subversion qui était destinée à attiser une atmosphère contre révolutionnaire d’anti-communisme et à entraver le droit démocratique du peuple à se réunir et à s’exprimer.

Magsaysay fit adopter une loi qui garantissait officiellement le mandat des locataires pauvres. Son but réel était d’assurer aux propriétaires le privilège de conserver leurs vastes propriétés foncières et de faire respecter la politique de l’Etat de garder les Philippines comme un appendice agriculturel à l’impérialisme américain. Magsaysay poursuivit le programme d’aménagement des terres mais cela déguisa simplement l’accaparement des terres par les classes exploiteuses dans les zones frontalières. L’Administration du Crédit Agricole et du Financement Coopératif a été créée dans le but annoncé d’aider la paysannerie en général mais elle s’est avérée être un simple dispositif pour permettre aux propriétaires terriens, marchands usuriers, bureaucrates et aux paysans riches de contrôler de fausses coopératives et de tromper les pauvres et les paysans moyens.

À un moment donné du régime fantoche de Magsaysay, le gouvernement américain a émis l’opinion de Brownell qui était une revendication formelle de propriété sur les bases militaires américaines aux Philippines. Tout le peuple philippin était tellement furieux par cette affirmation impérialiste que la Cour Suprême réactionnaire fut obligée de faire semblant de nier la réclamation. Toutefois, le tribunal n’a pas contesté le privilège impérialiste des États-Unis à occuper effectivement des bases militaires, à jouir de droits extra-territoriaux et à violer l’intégrité territoriale des Philippines.

En 1954, le régime fantoche de Magsaysay a sponsorisé à Manille la conférence qui a permis d’écrire le traité formant l’impérialiste Organisation du Traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE). La majorité des gouvernements membres (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Nouvelle-Zélande, Australie et Pakistan de l’organisation du traité ne fait même pas partie de l’Asie du Sud-Est. L’OTASE s’est arrogée à elle-même le privilège d’attaquer la souveraineté des peuples d’Asie du Sud-Est et de défendre les gouvernements réactionnaires. À cet égard, l’OTASE est une autre excuse fragile pour l’impérialisme pour intervenir dans les affaires des Philippines et pour manipuler le gouvernement fantoche des Philippines contre les autres peuples de l’Asie du Sud-Est. En même temps, l’OTASE permit à l’impérialisme américain d’apporter ses alliés aux Philippines et d’attaquer le peuple sous prétexte de défense régionale.

Conformément à la politique d’agression américaine au Vietnam, le régime fantoche de Magsaysay a reconnu la soi-disante République du Vietnam du Sud en violation flagrante et directe des Accords de Genève. Les bases militaires américaines aux Philippines ont été utilisées pour lancer des activités interventionnistes et agressives de l’impérialisme américain dans toute l’Asie. Des agents philippins de la CIA ont été envoyés partout en Indochine sous couvert d’être soi disant du personnel technique au service de Opérations Brotherhood ou de la Eastern Construction Company, toutes les deux financées par la CIA.

L’impérialisme américain a ordonné au régime fantoche de Magsaysay en 1956 de faire un accord avec le Japon sur les réparations de guerre et de ratifier le Traité de San Francisco. L’accord de réparation Ohno-Garcia a été signé, ce qui permis au Japon de pénétrer l’économie Philippines à travers le système de prestations de réparation des biens. Tout en saluant la tête du partenariat américano-japonais, le régime fantoche de Magsaysay aimait faire des déclarations belliqueuses contre les mouvements de libération nationale et les pays socialistes, en particulier la République Populaire de Chine, et d’approuver tous les actes agressifs de l’impérialisme américain dans le monde entier.

Le régime fantoche de Magsaysay était sans vergogne fier du fait que son chef Magsaysay était un chien de garde de l’impérialisme américain. Le régime a tenté en vain d’étiqueter sa servilité par un “nationalisme positif” face à la critique anti-impérialiste faite par le sénateur Claro Mayo Recto.

4. Le régime fantoche de Garcia, 1957-1961

Carlos P. Garcia, en tant que vice-président, a assumé la présidence de la république fantoche à la mort de Magsaysay en 1957 et a été élu à la même position sous la bannière du Parti Nacionalista cette même année. Il était essentiellement une marionnette de l’impérialisme américain et le principal représentant des classes exploiteuses locales. Son régime n’a jamais pris aucune mesure décisive pour briser les chaînes coloniales et féodales qui liaient le peuple philippin. Au lieu de ça, il leur a permis de prospérer.

À la suite du contrôle des changes et des importations étrangères, la moyenne bourgeoisie s’est politiquement affirmée en faveur de ce qu’elle appelait l’industrialisation nationaliste. Certains fabricants philippins utilisant des matières premières locales étaient irrités par la mise en place des usines de ré-assemblage et de conditionnement par les monopoles américains et les compradores pour contourner le mur tarifaire qui était censé restreindre l’importation de produits déjà fabriqués localement. Même les fabricants qui dépendaient de ces matières premières importées à des degrés divers ont également reconnu les avantages de la protection et réclamaient plus.

Les aspirations politiques de la bourgeoisie nationale ont été le mieux exprimées par Recto qui fut également en mesure d’attirer dans une certaine mesure l’intérêt de la petite bourgeoisie à se joindre au mouvement anti-impérialiste.

Le régime fantoche de Garcia a soulevé le slogan de “Filipino d’abord” comme une concession apparente à un mouvement anti-impérialiste croissant parmi les gens. Mais il ne le fit que dans le but de dissimuler sa soumission à l’impérialisme américain. Le slogan signifiait rien de plus que de donner la préférence aux hommes d’affaires philippins dans l’allocation des dollars américains pour les opérations d’import-export sur les hommes d’affaires étrangers d’une nationalité autre qu’américaine. L’hypothèse de base était encore que les hommes d’affaires philippins devraient être subordonnés au Dollar américain. Bien qu’il y avait des lois et des listes prioritaires encourageant les ” nouvelles ” et ” nécessaires ” industries et restreignant l’importation de certains produits qui pourraient être fabriqués localement, celles-ci ne servaient qu’à encourager la création d’un nombre limité d’usines d’assemblages et de conditionnement par des filiales américaines qui s’étaient mises à appeler “matières premières” les produits finis qu’elles importaient.

Bien que le régime fantoche de Garcia encourageait ostensiblement les marchands philippins à faire partir les commerçants de nationalité chinoise du commerce de détail, en particulier du commerce du riz et du maïs, il a permis aux grands compradores du Kuomintang d’avoir une grande part dans l’import-export, dans le commerce de gros, et également de déplacer leurs capitaux à Taïwan. Tous les résidents chinois des Philippines furent contraints de manifester leur allégeance à la bande de Chiang ou durent faire face à des représailles.

Conformément au souhait du régime de l’impérialisme américain de faire revivre le militarisme japonais, le régime fantoche de Garcia a précipitamment négocié et convenu avec le Japon le traité Japon-RP d’Amitié, de Commerce et de Navigation. Bien que la ratification du projet de traité ait été retenue en raison d’une grande opposition populaire, les entreprises japonaises utilisaient déjà en large mesure l’accord de réparations comme excuse pour la mise en place des bureaux de liaison, pour faire des enquêtes sur le pays et pour participer à l’import-export.

Vers la fin des années cinquante, l’impérialisme américain exerça des pressions sur le régime fantoche de Garcia pour supprimer le contrôle des changes. Le contrôle des changes avait été autorisé par l’impérialisme américain comme un simple dispositif tactique et temporaire pour mettre un frein à l’épuisement rapide des dollars américains et pour aider à prévenir l’effondrement complet de l’économie coloniale à un moment où le mouvement révolutionnaire de masse était en recrudescence. Mais désormais, l’impérialisme américain voulait un ”climat plus favorable” pour les investissements étrangers aux Philippines et pour le versement illimité de ses superprofits. Il voulait contrecarrer son problème de balance de paiements irrégulière en intensifiant l’exportation de ses produits excédentaires, en accordant des prêts usuraires et en faisant des investissements directs qui apporteraient rapidement des superprofits. En outre, la levée des contrôles de change a ouvert la voie à la prolongation des privilèges impérialistes dans l’économie coloniale, malgré la résiliation de l’accord Laurel-Langley en 1974.

L’impérialisme américain a utilisé la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International pour faire une étude économique et pour recommander l’adoption de la déréglementation immédiate et complète comme la pierre angulaire du «développement». En raison du mouvement anti-impérialiste résurgent, Garcia ne pouvait pas lever immédiatement le contrôle des changes. L’impérialisme américain dut le soumettre à une attaque virulente pour s’être livré à la corruption dans les allocations de dollars et à une menace de coup d’Etat orchestrée par les bandits de la CIA étroitement associés à Magsaysay pour faire pression sur lui et l’obliger à adopter un décontrôle partiel en décembre 1960. C’était une étape calculée par Garcia pour apaiser l’impérialisme américain en vue des élections présidentielles de 1961. Cependant, l’impérialisme américain avait déjà décidé de le déposer et de le remplacer par une autre marionnette politique qui, elle, n’hésiterait pas à suivre ses ordres à la lettre.

Le caractère sournois du régime fantoche de Garcia était également évident dans le canular de négociations faites concernant la réduction de la durée du contrôle américain des bases militaires aux Philippines de 99 ans. Bien qu’il ait été rendu public qu’un accord avait été conclu entre les Philippines et les Etats-Unis réduisant l’occupation des bases américaines à 25 ans, le Traité des Bases Militaires US-RP ne fut jamais amendé et des années plus tard, on allait apprendre que les compte-rendus des réunions relatives à la réduction de l’occupation américaine n’avaient pu être retrouvés dans les dossiers du Ministère des Affaires Etrangères. Ces négociations-canulars furent mises en place comme simple tactique pour répondre à la demande anti-impérialiste croissante pour le retrait complet des bases militaires américaines. Cette demande augmenta en particulier lorsque le personnel militaire des États-Unis s’est engagés à plusieurs reprises au crime d’avoir assassiner des philippins dans les bases militaires américaines et que les commandants de ces bases aient empêché la poursuite des coupables en affirmant que cela relevait de la juridiction américaine.

Pendant le régime fantoche de Garcia, les bases militaires américaines continuèrent à être utilisées pour le lancement d’actes d’agression contre les peuples d’Asie du Sud-Est. En 1958, celles-ci furent utilisées pour soutenir la rébellion de droite contre le peuple indonésien et pour intensifier l’intervention américaine en Indochine. Affirmant le slogan de “l’Asie pour les Asiatiques”, le régime fantoche de Garcia essaya d’établir l’Association de l’Asie du Sud-Est (ASA) sous prétexte de favoriser la coopération régionale dans les domaines économique et culturel. En fait, l’ASA était un dispositif pour la coordination d’une zone de libre-échange pour l’impérialisme américain et pour le renforcement de l’OTASE qui était déjà ravagée par de graves contradictions entre l’impérialisme américain et le Pakistan, mais aussi entre l’impérialisme américain et la France.

La résurgence du mouvement révolutionnaire anti-impérialiste de masse devint plus visible pendant le régime fantoche de Garcia lorsque le 14 mars 1961, une puissante démonstration fut menée par les jeunes hommes et femmes qui firent irruption dans les salles du congrès fantoche et sabordèrent littéralement les audiences anti-communistes qui étaient menées par le Comité des Activites Anti-Philippines (CAFA). Cette action de masse marqua le début d’une révolution culturelle d’un caractère national-démocratique après plus de deux décennies au cours desquelles la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas fit capituler toute initiative face aux réactionnaires. La CAFA fut contrecarrée dans sa tentative d’employer la Loi Anti-Subversion comme une mesure pour intimider les étudiants, les enseignants et le peuple en général et les empêcher d’exprimer leurs aspirations nationales-démocratiques.

Dès 1958, la Loi Anti-Subversion avait été adoptée dans le but malfaisant de porter un coup fatal au Parti Communiste des Philippines. À peu près en même temps, parallèlement à la manœuvre anti-communiste du gouvernement réactionnaire, Jésus Lava abusa de son poste de secrétaire général du parti en décidant lui-même de liquider le Parti avec sa politique de ” fichier unique ”, une politique qui détruisit jusqu’à la moindre apparence de centralisme démocratique au sein du Parti. Les réactionnaires du pays dominaient alors si fortement la superstructure qu’ils dénonçèrent alors immédiatement comme «communiste» toute tendance intellectuelle en opposition à l’idéologie anachronique de “libre entreprise” plus férocement adoptée par la Grande Alliance dirigée par les agents de la CIA et irréductibles clérico-fascistes comme Manahan et Manglapus.

Tous les dispositifs culturels établis par l’impérialisme américain et par l’Eglise Catholique au début de la république fantoche persistèrent et prospérèrent. La CIA poursuivit la manipulation des fanatiques de cette grande église par la clique Manahan-Manglapus et par les jésuites américains. En 1961, le Corps de la Paix des États-Unis fut introduit par l’impérialisme américain comme dispositif supplémentaire pour aggraver la subversion culturelle et politique des Philippines.

5. Le régime fantoche de Macapagal, 1962-65

Bénéficiant de l’appui politique et financier des monopoles américains, Diosdado Macapagal a vaincu Garcia dans les élections présidentielles de 1961 en dépit de l’utilisation par ce dernier des ressources et des installations du gouvernement pour sa campagne. À l’ère de l’impérialisme moderne, Macapagal a niaisement présenté une plateforme de «libre entreprise» et de «décentralisation». Le Parti libéral, dont il était le principal candidat, fusionna avec la Grande Alliance pour former l’Opposition Unie. Cette coalition sans vergogne fit écho au dictat impérialiste américain imposé par la Banque Mondiale et par le Fond Monétaire International, en dehors de la course habituelle des conseillers américains.

Le premier acte exécutif fait par Macapagal lorsqu’il assuma la présidence fantoche en 1962 fut de proclamer un décontrôle immédiat et complet. Les entreprises locales américaines permettaient de verser des bénéfices énormes, sans avoir désormais besoin de les cacher par la surfacturation de biens et services achetés à leurs sociétés mères et sœurs aux États-Unis ou ailleurs à l’étranger. La grande bourgeoisie compradore et la grande classe des propriétaires terriens engloutirent leurs revenus en dollars par l’exportation de matières premières et par la conversion libre de leurs pesos en dollars pour l’importation de produits finis. La corruption passa de la Banque Centrale vers le Bureau des Douanes et les longues côtes maritimes de l’archipel qui étaient jusqu’alors un système d’allocation en dollars furent remplacés par un système tarifaire réajusté destiné à attirer les revenus du gouvernement.

Après l’épuisement des réserves en dollars du gouvernement réactionnaire, le peso fut dévalué par rapport au taux précédent fixe de 2.00P par dollar à 3.90P par dollar. Pour maintenir ce taux, le régime fantoche Macapagal dut accepter des prêts onéreux de «stabilisation» aux banques américaines. Avec le nouveau taux peso-dollar, les larges masses populaires eurent à souffrir des prix élevés qui réduire leur revenu réel. Il n’y eu pas un seul produit aux Philippines qui ne fut affecté par le coût plus élevé de l’importation des produits finis, matières premières, pièces de rechange, carburants et autres des États-Unis. Alors que le peso avait été dévalué à hauteur de près de 100 pour cent, le niveau du salaire minimum légal fut augmenté de seulement 50 pour cent et cela grâce aux luttes de masses des salariés.

Le régime fantoche de Macapagal utilisa la crise économique provoquée par l’impérialisme américain comme excuse pour préconiser une politique de «porte ouverte» aux investissements américains. Le volume des investissements des États-Unis augmenta, mais pas plus que les énormes profits qui étaient verser aux Etats-Unis. Les investissements américains furent faits seulement pour aggraver l’inégalité de l’économie semi-coloniale et semi-féodale. Les investisseurs américains reprirent les entreprises qui ne pouvaient plus payer leurs dettes étrangères et firent de nouveaux investissements dans les plantations, les usines d’engrais et autres. Conformes à leur propre politique de restreindre les sorties des dollars des États-Unis, les monopoles américains employèrent la tactique d’aspirer les épargnes et capitaux de prêts philippins pris par le gouvernement philippin des banques détenus ou sous contrôle américain. Ainsi, même avec le très peu de capitaux qu’ils introduisirent effectivement dans le pays, ils purent élargir leur capitalisation par des emprunts locaux. Tous cela fut facilité par le président fantoche grâce à l’Agence d’Implémentation du Programme, un bureau spécialement créé à cet effet. De nouveaux organismes de prêt furent également créés pour faciliter l’épuisement rapide des prêts étrangers.

Les sociétés d’État se mirent à emprunter directement auprès de la Banque Mondiale. Les sociétés et banques privées furent encouragées à obtenir des prêts directement des États-Unis ou d’autres banques étrangères et à utiliser les banques du gouvernement pour apporter des garanties. Pendant le mandat de Macapagal, il devint extrêmement clair que, surcharger le gouvernement réactionnaire avec des prêts étrangers, avait été délibérément fait pour réduire à une absurdité totale l’illusion des nationalistes bourgeois qu’ils pourraient faire usage de l’état fantoche pour les aider à prendre en charge les actifs américains aux Philippines.

Un programme de travaux publics qui était principalement destiné à épuiser les prêts étrangers et à abuser de la monnaie locale et de l’ensemble de l’économie fut lancé. Il commença en dépit du fait que le régime fantoche de Macapagal n’avait pu obtenir du Congrès les mesures fiscales qu’il voulait pour augmenter les recettes publiques de façon à couvrir l’augmentation des dépenses du gouvernement. Une agence absurde, l’Administration de l’Emploi d’Urgence fut mise en place pour mener des travaux publics fictifs et pour créer l’illusion de plus d’emplois au moment de licenciements massifs.

Dans une tentative de dissimuler sa soumission éhontée à l’impérialisme américain, le régime fantoche de Macapagal changea le ” Jour de l’Indépendance ” du 4 juillet au 12 juin. La fable disant que les Etats-Unis avaient “accordé” l’indépendance au peuple philippin fut supplantée par la fable tout aussi arrogante que les Etats-Unis l’avait “restaurée”. Cela devint une mode parmi les politiciens fantoches de glorifier du bout des lèvres les événements et les héros de l’ancienne révolution démocratique de manière à donner une couleur locale superficielle à leurs marionnettes. Romulo, un vieux chien de garde de l’impérialisme américain fut placé à l’Université des Philippines pour être toujours à portée de main pour des consultations avec Macapagal pour “l’embellissement” des politiques pro-impérialistes et aussi pour rénover l’université de l’Etat comme un outil de l’impérialisme américain et des classes exploiteuses locales.

Pour donner un semblant progressiste et pour escroquer la paysannerie, le régime fantoche de Macapagal promulga le Code de la Réforme des Terres Agricoles. Ce code déclarait pieusement le métayage comme « contraire à l’ordre public » et faisait la fausse promesse d’émanciper les masses des locataires. Sous toute cette grandiloquence mise sur l’émancipation des masses de locataires se cachait l’assurance complète à tous les propriétaires que s’ils devaient être exproprié d’un morceau de terre par le gouvernement réactionnaire, ils en auraient une «juste compensation». Les masses de locataires ne seraient pas en mesure de payer le prix de la redistribution et le gouvernement réactionnaire n’aurait pas suffisamment de fonds pour aller au-delà de quelques cas symboliques d’expropriation.

Le code prévoyait également qu’avant qu’il puisse y avoir expropriation des terres des propriétaires, les masses des locataires devaient d’abord devenir des « baileurs » et payer une rente foncière fixe à hauteur de 25 pour cent de la récolte annuelle moyenne nette basée sur les trois années de récolte normale précédant l’accord de “bail” du propriétaire-locataire. Le locataire était tenu d’assumer toutes les dépenses agricoles et d’offrir au propriétaire le loyer fixe quel que soit le résultat de la récolte, même en cas d’inondations, de sécheresse ou d’épidémies de cultures. Le “bail” ne réduisait pas la rente foncière; ce n’était rien de moins qu’une autre forme de métayage. Mais le code semblait dire que le fait d’adopter cette forme de métayage signifierait l’abolition du métayage.

Le plan de revendication des Philippines sur Sabah et le Maphilindo (Malaisie, Philippines, Indonésie) fut initié par le régime fantoche Macapagal afin d’ostensiblement mener à bien une politique irrédentiste mais en réalité pour faciliter la reconnaissance des Philippines en tant qu’intervenant et partisan de la mixture anglo-américaine qui est la “Malaisie”. Le Maphilindo n’était rien d’autre qu’une astuce impérialiste pour déjouer le gouvernement Sukarno d’Indonésie et extorquer plus de privilèges pour les monopoles américains en Malaisie et au Nord Kalimantan. En faisant semblant de prendre une voie indépendante dans les relations étrangères des Philippines, Macapagal avait même abrogé le Traité US-RP des Relations Générales mais il a permis à tous les autres traités inégaux signés sur la base de ce traité de continuer.

Il était anormal qu’alors que le régime fantoche de Macapagal ne pouvait pas affirmer la souveraineté et la juridiction des Philippines sur les bases militaires américaines dans les Philippines, il ait cherché à acquérir plus de territoire à l’extérieur. Lorsque le nombre de cas de meurtres impliquant des militaires américains et leurs victimes philippines a augmenté, le régime fantoche de Macapagal a conspiré avec l’ambassadeur des États-Unis sur la mise en place d’une combine visant à négocier la modification de l’Accord US-RP Relatif aux Bases Militaires. Les amendements convenus ont en fait élargi la compétence du commandant des bases américaines. Cependant, aucune mesure sérieuse n’a jamais été prise ni soumise au Sénat des Philippines pour ratification.

Le régime fantoche de Macapagal a soigneusement exposé à tous les peuples asiatiques sa soumission à l’impérialisme américain quand il a férocement fait campagne pour l’envoi de troupes mercenaires philippines pour participer à la guerre d’agression américaine contre le peuple vietnamien. Les agents philippins de la CIA qui avaient acquis des intérêts commerciaux importants dans la guerre d’agression américaine en Indochine, étaient les plus véhéments à se joindre à l’appel de Macapagal pour l’envoi de troupes mercenaires philippines au Vietnam. Les premiers mercenaires à avoir été envoyés là-bas en vertu d’un acte du Congrès fantoche le furent sous le déguisement d’ingénieurs et d’équipes médicales.

Pour promouvoir le partenariat impérialiste des États-Unis et du Japon dans l’exploitation des peuples d’Asie et pour renforcer le rôle du Japon en tant que chef fantoche régional de l’impérialisme américain en Asie, le régime fantoche de Macapagal parraina la conférence qui conduisit à la formation de la Banque Asiatique de Développement, controlée par les Etats-Unis et le Japon, et à proposer de faire de Manille son siège. La Banque Asiatique de Développement était une institution financière de plus destinée à manipuler le gouvernement fantoche des Philippines dans la perpétuation de l’économie semi-coloniale et semi-féodale pour fournir des matières premières principalement aux États-Unis et au Japon. Pendant le mandat de Macapagal, la part du Japon dans le commerce extérieur des Philippines avait déjà augmenté à environ 20 pour cent.

En opposition à la politique réactionnaire du régime fantoche de Macapagal, le mouvement révolutionnaire de masse dans les villes fit un bond en avant. De plus en plus de grandes manifestations de protestation furent organisées par les travailleurs, les paysans, les étudiants et d’autres patriotes. Le 2 octobre 1964, les travailleurs et les étudiants manifestèrent contre les droits de parité des États-Unis et contre les bases militaires américaines, en face de l’ambassade des États-Unis puis en face du Palais Malacanang où ils luttèrent contre les gardes présidentiels. Les manifestants les plus militants devinrent ensuite les membres fondateurs du Kabataang Makabayan. Le Kabataang Makabayan fut fondé le 30 novembre 1964 pour devenir ensuite un facteur majeur dans la lutte pour la démocratie nationale.

Le 25 décembre 1964, les habitants de Angeles City et des villes voisines tinrent une grande réunion pour dénoncer l’assassinat de philippins à l’intérieur des bases militaires américaines et pour demander le retrait de ces bases. Le 25 janvier 1965, vingt mille personnes : travailleurs, paysans, étudiants et chômeurs défilèrent vers le Congrès fantoche puis vers l’ambassade des États-Unis pour exposer de façon exhaustive le fonctionnement de l’impérialisme américain, du féodalisme et du capitalisme bureaucratique. Des manifestations eurent lieu à plusieurs reprises contre la mixture anglo-américaine qu’était la «Malaisie» et la guerre d’agression américaine au Vietnam.

Ces manifestations furent précédées et suivies par des réunions d’études à plusieurs endroits afin de discuter de manière approfondie ces questions. Au total, les manifestations militantes et ces réunions d’études constituèrent un développement ultérieur de la révolution culturelle d’un type national-démocratique communiqué par la manifestation anti-CAFA de 1961. La jeunesse joua un rôle d’avant-garde dans ces actions de masse. Les ouvriers et les paysans auraient immédiatement joué un rôle encore plus important s’il n’y avait eu plus d’une décennie de sabotage perpetrée par la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et Tarucs dans le mouvement révolutionnaire de masse.

À la campagne, les commandants et combattants rouges qui avaient refusé de répondre à l’appel de la direction de Jésus Lava à liquider la lutte armée persistèrent dans leurs efforts révolutionnaires. Cependant, en l’absence d’une direction marxiste-léniniste précise, capable de mettre un terme à la direction contre-révolutionnaire de la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et Tarucs, ceux persistèrent dans la lutte armée révolutionnaire dans la campagne étaient sensibles aux perspectives des bandes rebelles itinérantes et étaient en proie à l’usurpation de direction par la clique de bandits de Taruc-Sumulong. Malgré l’usurpation de la direction à la fois par la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et par la clique de bandits de Taruc-Sumulong, les grandes masses du peuple réclamèrent une direction prolétarienne révolutionnaire correcte.

La direction composée d’un unique homme, Jésus Lava, exposa son caractère de totale faillite quand elle transmit des lettres de soutien à Macapagal pour ses politiques, en particulier pour le Code de Réforme des Terres Agricoles et qu’ensuite elle organisa sa reddition en mai 1964. Avant sa reddition, Jésus Lava tenta vainement de semer le désordre dans les rangs du mouvement révolutionnaire de masse en faisant des nominations arbitraires qui semblaient reconnaître le royaume indépendant de la clique de bandits de Taruc-Sumulong et encourageait certains de ses proches à revendiquer la direction du Parti même s’ils étaient complètement isolés des masses et étaient directement complices de sa reddition.

Le royaume indépendant des Lavas basé à Manille se mit à utiliser une organisation paysanne réformiste, Masaka, pour affirmer sa fausse autorité dans le mouvement révolutionnaire de masse et aussi pour se conformer à l’engagement de Jésus Lava à soutenir l’imposture de programme de réforme agraire du gouvernement réactionnaire.

Peu après la capitulation de Jésus Lava à Macapagal, des marxistes-léninistes émergeant du mouvement révolutionnaire des masses se sont levés pour critiquer et répudier les actes contre-révolutionnaires des Lavas et Tarucs. Dans un premier temps, les critiques et de la répudiation furent spontanées. Ensuite, ceux-ci se transformèrent en un mouvement de rectification à grande échelle. Le mouvement de rectification allait être encore entraîné quelques années plus tard à se développer vers un stade où l’Ecole Révolutionnaire de la Pensée Mao Zedong allait pouvoir être formée et le Parti Communiste des Philippines allait pouvoir être rétabli sous la grande bannière rouge du Marxisme-Léninisme-Pensée Mao Zedong. Le long règne dynastique des Lavas et Tarucs du Parti ne pouvait pas être supprimé du jour au lendemain.

6. Le régime fantoche de Marcos, 1966-

Ce que Magsaysay avait fait, en 1953, passer du Parti libéral au Parti Nacionalista pour devenir pas moins que candidat à la présidentielle, Ferdinand Marcos le fit en 1965, sans avoir à tenir compte d’aucun changement de principes politiques, exposant ainsi une fois de plus l’absence de toute différence de base entre les deux partis réactionnaires fantoches. Marcos n’était pas moins que le président du parti qu’il avait quitté et un proche collaborateur de Macapagal.

Marc vainquit Macapagal lors de l’élection de 1965 devenant ainsi le sixième président de la république fantoche. Après un mandat, il couru pour sa réélection en 1969 et la remporta sur Sergio Osmena, Jr. du Parti Libéral. Chaque fois, dans les deux élections présidentielles, il fit face à ses adversaires en clamant bruyamment être le chien de garde le plus efficace de l’impérialisme américain. D’autre part, l’impérialisme américain voulait une marionnette du type de Marcos, une qui pouvait utiliser le plus efficacement possible des tactiques doubles contre-révolutionnaires dans une période marquée par la montée du mouvement révolutionnaire de masse aussi bien dans les villes que dans les campagnes.

Se présentant comme «nationaliste» intéressé par l’émancipation économique de la nation philippine et promettant d’abroger l’accord Laurel-Langley, en particulier les droits de parités, qui deviendrait caduque en 1974, le régime fantoche de Marcos adopta dès 1967 la Loi sur les Incitations à l’Investissement qui déclarait que l’état politique visait à encourager les investissements étrangers et définissait une société à participation étrangère maximale de 40 pour cent comme “nationale philippine”. Selon cette définition, les impérialistes américains pourraient créer un système de sociétés solidaires par lequel une entreprise “nationale philippine” supportant et camouflant 40 pour cent du capital pourrait investir dans une autre société et, de fait, augmenter la participation étrangère dans cette dernière société au-delà de 40 pour cent. La loi permit toutefois clairement la participation étrangère dépassant 40 pour cent dans une ancienne ou une nouvelle société enregistrée auprès du Conseil des Investissements et ainsi rester indéfiniment ainsi tant que les “nationales philippines” n’achèterait pas les parts d’actions offertes dans la bourse sur la onzième année après l’enregistrement. En garantissant les droits de propriété des investisseurs étrangers, la Loi sur les Incitations à l’Investissement allait jusqu’à étendre la garantie le droit de non-expropriation et exposait la primauté des investissements étrangers sur toute prétention de l’Etat fantoche quant à ses droits souverains. Les ”incitations” offertes par la loi sont des abus sans précédent sur la souveraineté du peuple philippin et vise à aggraver la situation coloniale des Philippines.

Une dynamique de propagande insidieuse soutenant la perpétuation des intérêts des monopoles américains aux Philippines a été déclenchée par les contre-révolutionnaires, en particulier par la CIA et les jésuites américains par le biais de la bande Manglapus-Manahan. Brandissant leurs slogans de «révolution pacifique», de «réforme constitutionnelle» et de «partage des bénéfices», le Mouvement Chrétien-Social, le Mouvement pour la Promotion du Nationalisme, le Bureau de la Planification Économique du Congrès et plusieurs autres groupes réformistes ont propagé la ligne mensongère que la nationalisation de l’économie pouvait être avancée par la législation et par le marché boursier. Ils ont fait croire aux travailleurs qu’ils pouvaient devenir des capitalistes et pouvaient participer à des coentreprises avec des investisseurs étrangers en allant sur le marché boursier pour acheter leurs propres actions et en mettant sur hypothèque leurs futurs salaires. Cela ressemblait à l’ancien mensonge servit, à plusieurs reprises, aux paysans sans terre qui visait à leur faire croire qu’ils pouvaient devenir propriétaires en achetant des terres des propriétaires terriens.

Il y a eu beaucoup de bruit pour une autre Convention Constitutionnelle coloniale. Cela a été présenté comme un moyen pour changer le statu quo. Le but réel de la Convention Constitutionnelle était, cependant, d’ajuster la formulation de la constitution coloniale envers certaines lois comme la Loi sur les Incitations à l’Investissement ou encore le traité d’amitié, de commerce et de navigation entre les États-Unis et les Philippines qui est maintenant en cours de préparation. Les larges masses du peuple sont rappelées à chaque fois qu’elles ont à attirer et à être hospitalières avec tous les “touristes rapportant des dollars” donc avec les monopoles américains. Chaque ville ou barrio fut présenté comme un lieu touristique potentiel lors d’une campagne intelligente pour contrer le sentiment croissant du peuple contre l’impérialisme américain.

Rendant complètement inutile le point de vu réformiste des intérêts économiques de l’impérialisme américain pouvant être pris en charge par le gouvernement réactionnaire ou par les hommes d’affaires philippins en conformité avec “une procédure régulière” et une “juste compensation”, le régime fantoche de Marcos a fidèlement suivi le dictat de l’impérialisme américain visant à épuiser les ressources financières du gouvernement réactionnaire et à surcharger les personnes atteintes par l’inflation et la dévaluation répétée. En dépit de l’augmentation des impôts, la dette intérieure du gouvernement réactionnaire augmenta jusqu’au niveau d’au moins 6 milliards de pesos en raison des énormes dépenses affectées à des projets visant simplement à approfondir le caractère semi-colonial et semi-féodal de l’économie. En plus de cette dette intérieure, une dette extérieure de plus de 1,9 milliards de dollars fut contractée principalement vis à vis de l’impérialisme américain. Ainsi, la nation fut gravement atteinte d’une crise financière aux proportions sans précédent (4). Les grandes masses populaires eurent à souffrir fortement de la hausse des prix en raison de l’érosion rapide de la valeur d’achat du peso de l’intérieur et de l’extérieur.

Profitant de la situation financière du gouvernement fantoche des Philippines, l’impérialisme américain, à travers le Fonds Monétaire International, dicta la dévaluation du peso au détriment des larges masses populaires. Au début des années 1970, la valeur du peso coula à un niveau de plus de 6 pesos par dollar américain par rapport au précédent niveau de 3,9 pesos par dollar américain. Ce fut la deuxième fois en huit ans que la dévaluation fut imposée au peuple sans conséquente correspondante de leurs revenus. Depuis 1962, les prix de nombreux produits de base ont augmenté de plus de 150 pour cent. Il n’y a pas un seul produit aux Philippines qui n’ait été touché par la hausse des coûts des carburants, équipements, pièces de rechange, matières premières, et autres produits importés. La bourgeoisie nationale philippine est quotidiennement confrontée à la faillite parce que ses produits sont évincés du marché local et elle ne peut bénéficier de l’assistance de crédits adéquats du gouvernement fantoche en faillite.

À la suite de la dévaluation du peso, la valeur des actifs américains aux Philippines et la dette extérieure des Philippines ont automatiquement augmenté. Il est inutile et carrément stupide d’attendre que le gouvernement réactionnaire ou que les acheteurs d’actions privés philippins soient en mesure d’acheter les monopoles américains. D’autre part, le gouvernement réactionnaire est devenu pire encore car il s’est mis à mendier des prêts étrangers usuriers et les entreprises philippines sont devenues plus que jamais soumises au rachat, à l’assimilation ou à l’écrasement par les monopoles américains. La dévaluation n’a rendu les Philippines que plus dépendantes du dollar américain et n’a servi qu’à aggraver le caractère semi-colonial et semi-féodal de l’économie.

Bien que le régime fantoche de Marcos ait fait de flamboyantes déclarations concernant beaucoup de villes dans le pays, en particulier dans en Luzon Central, qui, selon lui, seraient des zones de réforme agraire, le gouvernement réactionnaire est tout simplement dépourvu de ressources financières pour mener à bien ce qu’il qualifiait hypocritement de programme de réforme agraire. Dans les campagnes des Philippines, il est devenu trop clair que ce ne sera qu’en menant la guerre populaire que la paysannerie pourra atteindre la révolution agraire. En ville, le prolétariat est durement éprouvé par des licenciements massifs et par l’inflation causée par le fonctionnement de l’impérialisme à l’intérieur et en dehors du pays.

Seules les classes réactionnaires dans la société philippine partagent les privilèges d’exploitation et les gains dont bénéficit l’impérialisme américain. La grande bourgeoisie compradore et la classe des grands propriétaires terriens ont été très favorisées par l’augmentation automatique de l’équivalent du pesos et de leurs gains en dollars sur leurs exportations de matières premières. Elles sont les principales bénéficiaires des différents projets de travaux publics pour faciliter la circulation des exportations de matières premières et des importations de produits finis. Ils ont reçu sous diverses formes des “incitations à l’exportation”. Il leur a été accordé les plus grands prêts pour la construction et la reconstruction des installations de broyage. Jouant la combine de l’impérialisme américain consistant à utiliser le commerce préférentiel pour le sucre comme un levier pour augmenter ses privilèges aux Philippines, le régime fantoche Marcos a accordé les plus grands prêts pour la construction de nouvelles usines de sucre à divers endroits du pays. Dans la disposition des fonds publics et dans l’octroi de l’approbation du gouvernement pour les projets d’affaires, les capitalistes bureaucrates dirigés par Marcos ont aggravé la crise économique en exigeant des pots-de-vins sur toutes sortes de contrats gouvernementaux.

En tant que marionnette enragée de l’impérialisme américain, Marcos a surpassé Macapagal en envoyant des troupes de mercenaires philippins participer à la guerre d’agression américaine contre le Vietnam et en Indochine en général. Malgré la faillite qui s’aggravait du gouvernement réactionnaire, il envoya le Philcag (Philippine Civic Action Group) au Vietnam du Sud. Jusqu’à présent, il y a des mercenaires philippins là-bas qui portent simplement d’autres étiquettes, comme celle de la Philcon, de l’Operation Brotherhood ou en tant qu’entreprise d’ingénierie. L’impérialisme américain utilise effrontément ses bases militaires et le ciel et les eaux des Philippines pour mener ses guerres d’agression en Asie. Sur les bases militaires américaines présentes ici, le personnel militaire américain continue d’assassiner, de violer et de commettre toutes sortes d’exactions contre le peuple philippin et pourtant le régime fantoche de Marcos, comme tous les régimes fantoches précédents, conspire avec les impérialistes américains en concluant des «négociations» qui en definitive accordent des droits extraterritoriaux à ce dernier. Au lieu de se battre pour la souveraineté du peuple, le gouvernement réactionnaire déchaîne sa police et ses troupes pour attaquer les actions de protestation anti-impérialistes du peuple.

Le régime fantoche de Marcos a fait écho à chaque «nouvelle» politique et a suivi chaque «nouvelle» mesure prise par l’impérialisme américain. Il a suivi la «politique nouvelle Asie» de Nixon de “faire combattre les Asiatiques par les Asiatiques”. Il a soutenu farouchement le partenariat américano-japonais dans le Pacifique et les activités de fauteur de troubles de ce partenariat en Asie. Il a salué la politique impérialiste des États-Unis de faire revivre le militarisme japonais et de lui faire jouer le rôle de porte-étendard de l’impérialisme américain en Asie. Le militarisme japonais résurgent a été promu comme le «leader régional» de l’Asie par la Banque Asiatique de Développement, le Conseil Asie-Pacifique (ASPAC), l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), le Conseil des Ministres de l’Economie des Pays de l’Asie du Sud-Est (SEAMEC), par le “Forum Asiatique” et par d’autres.

Même avant la ratification de l’inégal Traité Japon-RP d’Amitié, de Commerce et de Navigation, le régime fantoche de Marcos a encouragé les monopoles japonais à envahir les Philippines. Il se classe désormais comme étant le deuxième plus grand investisseur étranger. Les produits japonais sont déversés dans le pays et les investissements japonais pénètrent tous les grands domaines de l’activité économique. Le Japon d’aujourd’hui est presque aussi prompte que les États-Unis à obtenir des matières premières des Philippines et occupe le premier rang dans l’obtention de concentrés de cuivre, de bûches, de mélasses et de minerais de fer. La part du Japon dans le commerce extérieur des Philippines est maintenant de plus de 30 pour cent. Ses navires militaires et ses flottes de pêche ne respectent pas les eaux territoriales des Philippines. Dans une tentative désespérée pour tromper le peuple philippin sur le Japon, le régime fantoche de Marcos a diffusé le mensonge que le Japon est un aide-donateur bienveillant alors qu’en réalité il supplie qu’on lui fasse des prêts en échange du pillage des ressources naturelles des Philippines et de l’exploitation du peuple. Ses paiements de réparations de guerre qui ont été capturés par les réactionnaires locaux pour eux-mêmes ont été jusqu’à être présentés comme une aide gracieuse à la population. La stratégique autoroute Pan-Philippine s’est faite obséquieusement appelée l’Autoroute de l’Amitié Japonaise.

Le régime fantoche de Marcos a régulièrement ouvert la voie au commerce et aux relations diplomatiques avec les pays révisionnistes sociaux-impérialistes et à d’autres pays révisionnistes conforme avec la politique impérialiste des États-Unis de maintenir une alliance mondiale avec l’Union soviétique en opposition à la Chine, au peuple, à la révolution et au communisme. Dans une tentative vaine de détourner l’attention de lui-même, l’impérialisme américain a soulevé l’oppression et l’exploitation conjointe du peuple philippin par les États-Unis, le Japon et l’Union Soviétique. À cet égard, il y a un plan impérialiste visant à attiser la mauvaise influence du révisionnisme moderne à l’intérieur du pays. Les agents locaux du révisionnisme moderne, la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas, est logée dans l’arène du parlementarisme bourgeois du système impérialiste pour saboter le mouvement révolutionnaire de masse.

Dans le cadre de ses politiques réactionnaires, le régime fantoche de Marcos a inévitablement montré son caractère fasciste. Incapable de faire face à la crise politique et économique dans lequel il a poussé la nation mais également incapable de tromper le peuple avec des slogans hypocrites tels que «cette nation peut être grande à nouveau» ou “un nouveau philipinisme” il a impitoyablement utilisé les appareils de l’Etat pour supprimer de larges masses populaires par le terrorisme sélectif et de masse. Dans le cadre de sa campagne anti-démocratique, il a cyniquement brandi la bannière de la «démocratie libérale».

Grâce au JUSMAG, l’impérialisme américain a fourni un équipement plus militaire aux forces armées réactionnaires, les incitant à lancer des campagnes de contre-insurrection, à savoir, d’attaquer les grandes masses populaires. Grâce à l’AID, l’impérialisme américain a également fourni des communications et de l’équipement anti-émeute pour attaquer les organisations de masse et pour disperser les actions de protestation. Les militaires américains ont même pris place dans le cadre de la police et de la supervision des opérations militaires. La construction d’un fascisme local par l’impérialisme américain est clairement destiné à réprimer le mouvement révolutionnaire de masse qui est de plus en plus enflammé par la détérioration rapide du système en place.

Alors que le fascisme est en hausse, des armées privées et des unités de meurtre officiels, tels que les “Monkees”, “BSDU”, “Forces de Défense Intérieure”, “Forces Spéciales”, “Forces de frappes provinciales” et d’autres similaires commettent effrontément des atrocités contre le peuple . Avant même que le caractère tyrannique du gouvernement réactionnaire ait clairement émergé, les contre-révolutionnaires montaient des groupes réformistes pour attiser la confiance en ce gouvernement réactionnaire et la calomnie du mouvement révolutionnaire de masse.

Les massacres, les arrestations massives, les enlèvements, les assassinats, les viols, les incendies criminels, l’extorsion et le pillage des maisons ont caractérisé le régime fantoche de Marcos. Le massacre de Culatingan, le massacre Corregidor, le massacre de Lapiang Malaya, le massacre de Capas, le massacre de Mendiola et le massacre de Tarlac sont des preuves flagrantes de son caractère fasciste et ils caractérisent les nombreuses autres atrocités infligées aux ouvriers, aux paysans, aux étudiants, aux intellectuels et aux minorités nationales (5) . Durant les dernières élections présidentielles, il a fait usage de fraude et de terrorisme à une échelle sans précédent pour assurer son maintien au pouvoir. Les fonds gouvernementaux, l’installation des forces armées gouvernementales réactionnaires ainsi que les gangs de seigneurs de guerre ont été employés sur une échelle sans précédent pour maintenir la clique fasciste de Marcos au pouvoir.

Sous le régime fantoche de Marcos, le mouvement révolutionnaire de masse a atteint de nouveaux sommets. En 1966, des manifestations de masse se sont répétées contre la participation des Philippines à la guerre d’agression américaine au Vietnam, et ont culminé le 23 et 24 octobre lors du sommet de Manille en présence du chef impérialiste américain Johnson et des chefs fantoche asiatiques, des coups puissants leur ont été portés par une multitude d’ouvriers, de paysans et d’étudiants. En 1967, de puissantes manifestations ont condamné l’esclavage économique du peuple par les monopoles américains, les bases militaires américaines et les atrocités qui y sont commises ainsi que la guerre d’agression américaine au Vietnam. En 1968, des manifestations militantes ont éclaté dans tout le pays contre les négociations américano-philippines préparant l’extension du «traitement national» aux monopoles américains au-delà de 1974, contre les bases militaires américaines, contre la poursuite de l’américanisation de l’Université des Philippines et de l’ensemble du système éducatif ainsi que contre le soutien anglo-américain à “la Malaisie”.

Toute l’année 1969 s’est poursuivie avec des rebellions d’étudiants et d’enseignants contre le système éducatif réactionnaire, avec des manifestations paysannes à Manille contre les propriétaires terriens et contre la domination fasciste à la campagne et par les grèves ouvrières soutenues par des étudiants militants. La venue des chefs impérialistes américains Nixon et Agnew ont, à deux reprises, étaient accueillies par des manifestations violemment militantes. Alors que des actions militantes de masse faisaient rage à Manille et dans d’autres centres urbains, les ouvriers révolutionnaires, les étudiants et les intellectuels se sont, plus nombreux que jamais, déversés à la campagne pour mener des enquêtes en milieu rural et dans le travail de masse parmi les paysans. Une révolution culturelle d’un type de démocratie nouvelle avança rapidement sous la direction du Parti Communiste des Philippines rétabli.

D’année en année, malgré la brutalité fasciste, le mouvement révolutionnaire de masse s’est intensifié, augmentant en fréquence, devenant plus important, se déployant dans toute la province et délivrant un message révolutionnaire plus clair parmi le peuple. En 1970, des actions de masse sans précédent impliquant 50.000 à 100.000 participants directs se sont à chaque fois révelées comme étant le résultat d’efforts révolutionnaires de la dernière décennie et comme une annonce de la tempête frappant toute la décennie actuelle. Celles-ci ont commencé avec les 26 et 30-31 janvier comme manifestations de travailleurs, paysans, étudiants et intellectuels. Les efforts des réactionnaires pour avancer le slogan contre-révolutionnaire de «révolution pacifique» ont été étouffés par le slogan révolutionnaire des masses de «guerre populaire prolongée» en réponse à la brutalité fasciste déchaînée contre eux et en réponse aux menaces répétées du régime fantoche de Marcos d’imposer formellement la loi martiale. La Tempête du Premier Trimestre de 1976 a marqué la maturation de la révolution culturelle menée par la jeunesse révolutionnaire orientée vers le Marxisme-Léninisme-Pensée Mao Zedong et leur conscience de la révolution démocratique populaire. L’essence de la révolution culturelle est clairement apparue comme étant le mouvement de propagande pour la lutte nationale-démocratique contre l’impérialisme américain, contre le féodalisme et contre le capitalisme bureaucratique.

Face à l’opposition de plus en plus féroce des masses révolutionnaires, le régime fantoche de Marcos à continué de vouloir déclarer formellement la loi martiale en dépit du fait qu’il pratiquait déjà arbitrairement la terreur fasciste aussi bien dans les villes que dans les campagnes, particulièrement d’ailleurs dans ces dernières où les troupes en uniforme et leurs assistants brutaux ont laissé exhaler leur colère sur les masses paysannes. En recourant à plus de violence contre-révolutionnaire, le régime fantoche de Marcos a enragé le peuple et haté ainsi l’effondrement du système semi-colonial et semi-féodal.

Le régime fantoche de Marcos ne put plus attaquer les masses révolutionnaires sans être contre-attaqué. Le Parti Communiste des Philippines a été rétabli sous l’inspiration puissante du Marxisme-Léninisme-Pensée Mao Zedong et a pris la route de la révolution armée afin de se battre pour la libération nationale et la démocratie populaire. La Nouvelle Armée Populaire, sous la direction du Parti, a établi vigoureusement ses bases révolutionnaires dans la campagne et a progressé de victoire en victoire dans une guerre populaire prolongée. Le Parti Communiste des Philippines applique aujourd’hui les principes stratégiques du président Mao d’encercler les villes par les campagnes.

À la fin de 1969, qui marquait seulement moins d’un an de son existence, la Nouvelle Armée Populaire avait infligé à l’ennemi un taux de victimes qui était de plus de 150 pour cent supérieur au taux annuel moyen de victimes ennemies au cours de la période de 1966-1968 lorsque les guérilleros paysans avaient soulevé de manière significative le niveau de résistance armée au niveau des années précédentes. Du 29 mars 1969 au 29 mars 1970, la Nouvelle Armée Populaire a anéanti au moins 200 soldats ennemis, espions, tyrans locaux et mauvais éléments (7).

En dépit du fait qu’ils ont été particulièrement ciblés par les attaques de l’ennemi, le Parti et la Nouvelle Armée Populaire ont résisté avec succès aux assauts de l’ennemi et ont acquis une plus grande force. Cela, parce qu’ils mènent une lutte armée révolutionnaire défendant les larges masses populaires.

IX. LE RETABLISSEMENT DU PARTI COMMUNISTE DES PHILIPPINES

Le développement le plus important à ce jour de la Révolution Philippine est le rétablissement du Parti Communiste des Philippines, sous la direction suprême du Marxisme-Léninisme-Pensée Mao Zedong. Le Parti a été rétabli le 26 décembre 1968, après plusieurs années de critiques et d’autocritiques menées par les anciens et les jeunes révolutionnaires prolétariens.

Reprenant la révolution démocratique populaire à un nouveau niveau plus élevé, le Parti Communiste des Philippines a été rétabli sur la base théorique du Marxisme-Léninisme-Pensée Mao Zedong, l’apogée de l’idéologie révolutionnaire du prolétariat, à l’époque actuelle, où l’impérialisme se dirige vers son effondrement total et où le socialisme est en marche vers la victoire dans le monde entier.

La ligne révisionniste contre-révolutionnaire des Lavas et Tarucs qui avait duré plus de trois décennies au sein de l’ancien parti, issu de la fusion du Parti Communiste et du Parti Socialiste a été soigneusement critiquée et répudiée. Le Parti a publié le document de rectification, “Rectifier les Erreurs et Reconstruire le Parti” et a promulgué le Programme pour la Révolution Démocratique Populaire et la Nouvelle Constitution du Parti dans son Congrès de Rétablissement.

Sous la direction du Parti Communiste des Philippines, les guérilleros du peuple ont été transformés en la Nouvelle Armée Populaire le 29 mars 1969. Lors de la réunion des commandants et combattants rouges, la clique de bandits de Taruc-Sumulong fut répudiée comme étant un vestige contre-révolutionnaire de la vieille bande réactionnaire bourgeoise des Lavas et Tarucs. Les commandants et combattants rouges ont publié un document de rectification, “La Nouvelle Armée Populaire” et ont promulgué le Règlement de la Nouvelle Armée Populaire.

Depuis le rétablissement du Parti et la formation de la Nouvelle Armée Populaire, la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas à Manille et la clique de bandits de Taruc-Sumulong ont plongé dans de nouvelles profondeurs de trahison. Aggravant sa ligne contre-révolutionnaire de lutte parlementaire et de soumission à l’impérialisme américain et aux classes exploiteuses locales, la bande réactionnaire bourgeoise des Lavas a formé le gang Monkees-Armeng Bayan-Masaka (Lava) soumise de manière flagrante aux politiques fascistes du régime fantoche de Marcos, et elle a commis un certain nombre d’atrocités pour mener à bien son ancienne ligne d’intrigues contre le Parti Communiste des Philippines et contre la Nouvelle Armée Populaire (8). La clique de bandits de Taruc-Sumulong, par contre, a perdu toutes ses anciennes prétentions et a offert de se rendre au régime fantoche de Marcos à la condition qu’elle conserverait sa poignée de malfrats et sa richesse malhonnêtement gagné (9).

Le Parti Communiste des Philippines maintient aujourd’hui sa direction dans la lutte armée révolutionnaire et dans le front national uni (10). Depuis son rétablissement, il a héroïquement et correctement défendu le grand drapeau rouge du Marxisme-Léninisme-Pensée Mao Zedong et la direction du prolétariat philippin dans la révolution philippine. L’impérialisme américain, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique ne peuvent plus fouler aux pieds le peuple philippin sans être isolés et se voir riposter par un mouvement de masses révolutionnaires invincibles d’ouvriers, de paysans, d’étudiants, d’intellectuels et de tous les autres patriotes.